cine-psy.com

  • Augmenter la taille
  • Taille par défaut
  • Diminuer la taille
Autres textes

Chloé - Carole Ratté & Guy Pomerleau

Imprimer

Commentaires sur le film CHLOE de Atom Egoyan

par Carole Ratté et Guy Pomerleau, psychiatres


(Première partie par Carole Ratté et seconde partie par Guy Pomerleau)

 

 

Commentaire par Carole Ratté, md

 

Introduction


 Nous avons bien aimé Chloé: le thème, le jeu des acteurs et surtout cette mise en acte, magnifiquement ciselée, scène après scène, d’une dynamique psychologique extrêmement intéressante entre 2 femmes. Bien sûr, il y a un trio, mais l’homme n’est que le prétexte, dans le film, à cette rencontre entre 2 femmes, à ce qui se passe entre elles et à l’intérieur de chacune d’elles.

 

LE SCENARIO


Le film nous présente d’abord chacun des 3 principaux personnages dans des scènes très significatives. La première image est, entre autres, très révélatrice : Chloé s’habille devant un miroir (les miroirs, les fenêtres sont omniprésents dans le film), exhibant un magnifique corps de jeune femme dans des dessous très sexy. Et elle met dans ses cheveux, cette épingle dont le rôle sera important dans le film et que nous retrouverons également dans la dernière scène, dans les cheveux de Catherine. 


Puis on nous présente  Catherine, elle est au travail : une femme mûre, gynécologue entourée de son monde de femmes ( réceptioniste, infirmière, patientes…) Elle nous apparaît plutôt froide et en tout cas, très rationnelle. 


On peut d’emblée opposer le portrait qui nous en est fait à celui de David, son conjoint, professeur charmant et séducteur, donnant un cours sur…Don Juan… à un groupe de jeunes gens dont plusieurs jeunes filles. L’assistance, séduite, l’invite à dîner mais il leur apprend qu’il ne peut pas car…c’est sa fête. Message un peu ambivalent et transgression d’une certaine limite?


Toute la trame du film vient du fait que David ne sera pas présent à ce gros party de fête que lui a organisé Catherine, à grand frais d’argent et d’énergie. Il a manqué son avion… Puis un message sur le cellulaire achèvera de semer le doute : «MERCI POUR HIER SOIR. MIRANDA », accompagné d’une photo d’une très jeune femme, souriante, aux cotés de David. Le doute s’insinue en Catherine comme un poison. Et nous aussi, spectateurs, grâce à l’habile scénario d’Atom Egoyan, nous doutons…


Puis il y a la  rencontre entre Catherine et  Chloé, apparemment fruit du hasard, dans une scène très intime déjà, dans les toilettes d’un restaurant. Catherine engagera Chloé ( la payant comme on paie une prostituée) pour « tester » son mari, voir comment il réagira face à cette belle jeune femme. Ce que Catherine n’avait pas prévu, c’est le jeu de Chloé (qui n’en est pas un) et son investissement massif envers elle, Catherine,  dès leur première rencontre. C’est dans cette interaction que réside tout l’intérêt du film et c’est ce que nous allons aborder selon l’angle de chacune des protagonistes. 


CATHERINE ET LA JALOUSIE


Dès le début, Catherine nous est présentée comme une femme plutôt froide, très rationnelle. Ceci s’exprime dans sa relation à une jeune patiente qui n’a pas d’orgasme : «  L’orgasme, c’est une contraction musculaire. Ça n’a rien de mystérieux ».  Elle aura la même attitude défensive, évitante, devant son fils et sa copine qui ont, de toute évidence, une sexualité qu’ils apprécient : «  Utilisez-vous une protection? » Ce sera là sa seule question. 


A-t-elle toujours été ainsi? On ne sait pas vraiment mais on peut en douter. Le film laisse entendre des moments où elle a été très sensuelle avec son conjoint, faisant l’amour jusqu’à 3 fois par jour, allant toujours le chercher à son arrivée à l’aéroport…


Par ailleurs, de par son travail, Catherine est en contact quotidien, de façon très intime, avec les femmes, leur corps, leur sexualité, leur rapport aux hommes…


C’est une femme mature (40-50 ans) avec une certaine difficulté à accepter de vieillir. Elle dira à son mari qu’elle peut parfois se sentir encore une fille de 18 ans mais que le miroir lui renvoie l’image d’une femme vieillie. On sent donc une certaine fragilité narcissique chez Catherine et vieillir, représente pour elle une menace. Inquiète, insécure, elle semble avoir mis de côté sa féminité,  sa sensualité, comme pour se protéger. Ainsi, dans une scène du film, son mari sera très surpris (et ravi) qu’elle se soit mis du parfum (celui de Chloé!)


En plus, dans les faits, et probablement en lien avec les attitudes défensives qu’elle a adoptées, une certaine distance s’est établie entre elle et David. Lui-même l’évoque, le regrettant et lui demande depuis combien de temps ils ne vont plus s’attendre à l’aéroport…On ressent également cette distance dans certaines scènes du film où le malaise entre eux est palpable malgré le rapprochement.  Et même si Catherine semble, du moins en partie, responsable de cette distance, elle l’interprète comme une preuve qu’elle n’est plus désirable pour lui, qu’il lui préfère d’autres femmes, plus jeunes.


Pour ajouter à son insécurité, même son fils, Michael, qui mature et se détache d’elle de façon tout à fait normale, choisit un autre objet d’amour, une jeune fille de son âge que Catherine rencontre dans sa propre maison, à peine vêtue. Comble de la blessure, son fils lui dit que « papa est au courant », soulignant une certaine complicité des hommes dans cette sexualité.


Catherine vit donc déjà une période de dévalorisation et d’insécurité au moment où son mari ne se présente pas à ce gros party surprise qu’elle lui a organisé pour son anniversaire. Le doute s’insinue : « Il y a sûrement une autre femme plus belle que moi… » On la voit d’ailleurs, le lendemain de ce party manqué, regarder David, ce bel homme,  qui se rase devant sa glace.  Puis c’est le message sur le cellulaire qui activera davantage le doute qui devient conviction : « MERCI POUR HIER SOIR, MIRANDA »


Il y a alors ce souper au restaurant  avec son conjoint et un ami accompagné d’une escorte, beaucoup plus jeune que lui, à l’allure un peu vulgaire et provocante : un autre fait pour exacerber le doute de Catherine sur elle-même et partant, sur David. On la voit alors se réfugier dans la salle de bains où, en un geste très féminin, elle dénoue ses cheveux qu’elle avait ramassés en un chignon un peu sévère. C’est là qu’elle rencontre Chloé qu’elle trouve très belle (Elle le lui dira à plusieurs reprises dans le film), dans une scène très intime. Ce moment sera très marquant pour Chloé.  


Le poison obsédant de la jalousie s’infiltre de plus en plus chez Catherine qui devient hypervigilante aux situations où David interagit avec de jeunes femmes : la serveuse, une étudiante au concert… Même les pensées de David par rapport aux femmes deviennent suspectes et il lui fera remarquer qu’il a le droit à ses fantasmes, devant les interrogatoires de son épouse.


En complet désarroi, Catherine va à la rencontre de Chloé au bar où celle-ci travaille. Elle lui confie que son mari la trompe, que peut-être « il l’aimerait, elle » et qu’elle voudrait savoir ce qu’il ferait s’il la rencontrait. Elle engage donc Chloé, la payant pour ses services,  mais demeure toujours ambivalente : elle ne veut pas qu’elle aille trop loin dans ses avances mais se délecte de ses descriptions  et accepte chacun des rendez-vous donnés par Chloé. Cette dernière raconte donc dans les détails les plus intimes leurs prétendues rencontres (auxquelles le spectateur croit aussi ,soit dit en passant ) et lui confirme que son mari est un bien bel homme.


Puis on voit Catherine s’identifier de plus en plus à Chloé à travers ce qu’elle raconte. Entre autres, dans cette scène où Catherine est très excitée en prenant sa douche, fantasmant sur la rencontre de David avec Chloé, dans cette serre chaude, aux plantes exotiques.  Les images sont très évocatrices dans le film, la main de Catherine dessinant sur le verre de la douche le même geste d’abandon que David sur la vitre de la serre…  


La relation à Chloé devient de plus en plus équivoque dans cette identification de Catherine à une image idéalisée d’elle-même. Dans une scène au resto où elle rencontre ses amies, celles-ci la taquinent à propos d’un éventuel amant alors que c’est de Chloé qu’elle reçoit un message qui a tout l’air d’un rendez-vous galant : rendez-vous au Windsor Arms, chambre 211!


Les gestes d’identification se multiplient : boire dans le verre de Chloé, mettre son parfum jusqu’à cette scène où Catherine va déranger Chloé à son travail d’escorte, l’amène dans une chambre et commence à la déshabiller en lui demandant : « Comment te touche-t-il? » Elle dira plus tard à David : « J’ai voulu te retrouver à travers elle ».


La situation est tellement équivoque lorsqu’elle rentre aux petites heures du matin que c’est son mari qui lui fait une crise de jalousie  (que je qualifierais de normale) : « Qui est-ce? L’aimes-tu? » Catherine est désemparée.


Suite à un dernier message de Chloé, (« Je viens juste de le laisser ») , Catherine se rend à son rendez-vous et Chloé lui dit que ce qui se passe entre David et elle n’est pas seulement sexuel, que c’est affectif et qu’il lui a dit que lorsqu’il fait l’amour à sa femme, il pense à elle, Chloé! C’en est trop! Catherine convoque à un rendez-vous  de confrontation son mari et Chloé. Le mari ne connaît pas Chloé de toute évidence et Catherine, sous le choc, se confie. Son désarroi est immense. Elle comprend qu’elle a été dupée, non par David, mais par Chloé. Et pour sa part , que recherchait Chloé dans cette relation ? Nous y reviendrons plus tard.


Revenons à Catherine. Ses confidences amènent un rapprochement du couple et elle avoue alors à David, ce qui me semble le cœur de sa problématique :


 « TU ES DE PLUS EN PLUS BEAU EN VIEILLISSANT. ET MOI, JE ME SENTAIS SI INVISIBLE, AVEC L’IMPRESSION DE DISPARAITRE »


L’histoire s’arrêterait là, si ce n’était que de Catherine. Mais c’est compter sans Chloé !


Le film se termine sur une scène dramatique, non nécessaire à mon humble avis. Mais même dans cette scène intense où la pathologie de Chloé éclate au grand jour, Catherine ne peut se distancer de Chloé, accepte de l’embrasser et lui répète « qu’elle est si belle ! »

 

Puis une sorte de happy end : toute la famille participe à un  party de graduation où Catherine porte , à ma grande surprise, l’épingle à cheveux de Chloé. Cela ne  me parait envisageable que dans une  identification réussie à une femme séduisante, qui l’a séduite, elle. 


ANALYSE


La jalousie de Catherine s’élabore donc sur cette fragilité narcissique, réveillée à la fois par ce vieillissement qu’elle accepte mal  et par ce sentiment d’abandon de son mari ( et on pourrait ajouter « et de son fils ») . Elle se dévalorise, se persuade qu’il va sûrement voir une femme plus jeune et plus belle et en vient à envier cette autre, image idéalisée d’elle-même. 


Ceci m’amène à parler des différentes formes de la jalousie et de ses racines psychologiques.  La jalousie peut, en effet, être normale, névrotique, à ce moment là obsessionnelle ou même psychotique. (Ici, on n’est nettement pas dans ce dernier registre)


D’abord une définition simple de la jalousie :


Le sentiment éprouvé lorsque l’on craint que quelqu’un nous ravisse, nous enlève l’amour de l’être  aimé (Mélanie Klein)

 

Ou dit autrement,

le ressentiment envers une personne perçue comme un rival (Dictionnaire OXFORD)


Lorsqu’elle est normale,  la jalousie est plutôt occasionnelle , survenant suite à un événement qui prête à un soupçon d’infidélité . La personne est aussi  capable de modifier sa compréhension de la situation devant de nouvelles informations. Par exemple, David dans le film semble présenter une jalousie normale lorsqu’il doute de Catherine rentrée aux petites heures du matin.     



 Morbide, elle peut naître en l’absence de toute évidence, devient obsédante et l’individu est incapable de rajuster sa perception qui peut devenir une conviction. S’installent alors des comportements de vérification, de véritables questionnaires policiers et parfois de la violence. Au contraire de la jalousie délirante où la personne adhère complètement 

à  sa perception d’infidélité, dans la jalousie obsessionnelle, elle en réalise le ridicule, peut même s’en excuser auprès de son conjoint mais est incapable de la refréner.


Névrotique, la jalousie peut être sous tendue par une pulsion d’infidélité refoulée, une pulsion homosexuelle refoulée ou, ce qui est plus souvent le cas,  un attachement insécure amenant  une faible estime de soi, un sentiment d’infériorité personnelle, et une grande fragilité narcissique.


Dans ma clinique, (je travaille presqu’exclusivement  avec des jeunes femmes souffrant d’anorexie et de boulimie), je rencontre souvent cette dernière forme chez celles qui réussissent à avoir une relation amoureuse. Ce sont des jeunes femmes perfectionnistes, très exigeantes face à elles-mêmes, donc jamais satisfaites d’elles-mêmes et surtout de leur corps. Toute jolie femme devient alors une rivale potentielle.

Pour en revenir à Catherine, elle n’apparait pas comme une jalouse chronique. Sa jalousie semble réactionnelle à cette étape de la vie où elle se sent vieillie et moins désirable. Cependant, sa jalousie prend une couleur pathologique par son côté obsédant, ses comportements (engager une jeune femme pour tester son mari).  Elle devient hypervigilante, surveille David  et même les fantasmes de David deviennent suspects et interdits. Elle  sera cependant capable, devant l’évidence, d’abandonner ses doutes et dira : «  Je suis désolée de ne t’avoir pas fait confiance ». On la voit heureuse, en famille, à la fin du film. 



****

 

Chloé ou la «maladie de l’envie»

par Guy Pomerleau, md


Qui est Chloé, qu’est-ce que nous en connaissons?

1re scène

Elle s’habille devant le miroir qui lui renvoie l’image d’un corps de femme jeune et belle. Est-ce qu’elle s’y attarde, est-ce qu’elle l’aime? A-t-elle du plaisir à le regarder,  qui voit-elle, s’aime-t-elle?

Dans cette scène, un gros plan nous la montre de dos portant dans ses cheveux un peigne sur lequel la caméra se fixe un moment. Pour moi ce sera le fil conducteur qui nous amène à une relation probablement fort particulière, un «objet transitionnel» (Winnicott) le seul peut-être qui la relie à ce que nous apprendrons plus tard, sa mère (le peigne de sa mère).

Qu’est-ce qu’elle nous dira en même temps d’elle-même : «Je suis celle qui actualise le désir de l’autre… lui fait revivre le premier baiser, une relation à une fille qu’il a aimée… sa secrétaire… » C’est-à-dire «je ne suis pas un objet de désir pour ce que je suis, je disparais, je suis ce qu’il veut que je sois».

L’identité et la souffrance

Chloé a-t-elle une identité propre? Souffre-t-elle d’un sentiment de vide? Être et satisfaire le désir de l’autre Serait-il la réponse à ce vide. C’est là que se joue le drame de la souffrance de Chloé.

La rencontre de Catherine à la salle de toilette

Chloé est dans sa cabine de toilette, Catherine l’entend pleurer ou gémir, elle manque de papier de toilette que Catherine lui tendra sous le demi-mur de cloison, et pendant une fraction de seconde, Chloé s’attardera à chercher et toucher la main de Catherine qui lui tend le papier. Recherche d’un contact d’une personne qui lui apporte de l’aide, une aide si minime soit-elle. C’est d’ailleurs sur ce modèle que la relation de Chloé à Catherine - médecin - gynécologue - mère va s’élaborer et finir par se briser.

Pour bien situer Catherine dans le rôle de la mère, Chloé cherchera à lui offrir le peigne (dont on apprendra plus tard qu’il était celui de sa propre mère) en prétextant qu’elle vient de le trouver et qu’il appartient peut-être à Catherine.

Si la jalousie de Catherine l’amène à retrouver son mari David à travers Chloé, qu’est-ce que Chloé trouvera en Catherine. Ne cherche-t-elle pas à s’approprier ce que Catherine est et possède. Voilà l’envie, c’est-à-dire ce sentiment de vide et de manque qui la poussera à posséder Catherine, la retenir, s’approprier à travers elle la mère qu’elle aurait voulu, de là l’importance de lui remettre, dès cette première rencontre fortuite, le peigne de sa mère pour que Catherine devienne la mère qui soigne, qui nourrit (la coupe de vin, l’argent) et qui aime.

Un petit détour par Mélanie Klein. 

Mélanie Klein nous dirait que cette relation qui se développe sur l’envie vise aussi à déposséder l’autre et à s’approprier ce qu’elle est «le bon sein», celui qui nourrit, et apaise, se l’approprier pour elle seule au risque et détruire l’autre.

Jalousie vs envie

La jalousie se joue à trois, c’est un sentiment douloureux chez quelqu’un qui éprouve un désir de possession envers la personne aimée et qui craint son infidélité : perdre la personne aimée au profit d’un tiers.

Pour Mélanie Klein, l’envie est le sentiment de colère qu’éprouve un sujet quand il craint qu’un autre ne possède quelque chose de désirable et en jouisse; l’impulsion envieuse tend à s’emparer de cet objet ou de l’endommager (Mélanie Klein : Envie et gratitude. Gallimard, 1968)).

L’envie repose donc sur une relation beaucoup plus primitive où il n’y a pas de triangulation et donne lieu à différentes pathologies. Pensons ici à ces personnes qui présentent un trouble de personnalité limite et qui, dans les situations de rupture et d’abandon deviennent destructrices pour elles-mêmes ou pour les autres.

La jalousie se fonde sur l’envie, mais alors que l’envie implique la relation du sujet à une seule personne et remonte à la toute première relation exclusive à la mère, la jalousie comporte une relation avec deux personnes et concerne principalement l’amour que le sujet sent comme lui étant dû, amour qui lui a été ravi ou pourrait l’être par un rival (Mélanie Klein).

La jalousie est la crainte de perdre ce que l’on possède au profit d’un autre (c’est le cas de Catherine). L’envie est la souffrance de voir quelqu’un d’autre posséder ce qu’on désire pour soi-même.

Chloé attisera le désir de Catherine en lui racontant ses rencontres réelles ou imaginaires avec David pour s’en rapprocher et se l’approprier (scène dans la chambre à coucher de l’hôtel Windsor Arms).

C’est sur ce profond et douloureux sentiment d’envie que la relation avec Catherine s’élabore. Et Catherine possède précisément ce qui peut combler le vide de Chloé : une profession enviable, un mari, un fils, une famille idéale (photo dans le bureau de Catherine intitulée conciliation travail-famille), une capacité de prendre soin, soulager, guérir des blessures, aimer : Catherine est vraiment la mère.

Le contrat entre Catherine et Chloé

Le contrat s’établit le bar où Catherine vient pour engager Chloé. Celle-ci lui demande si elle lui paie à boire. Relation de séduction mais aussi une demande implicite : boire-sein. Le contrat : séduire David. Mais ce sera le début d’une longue saga au cours de laquelle Chloé attisera le désir de Catherine en racontant les détails de ses pseudos jeux sexuels avec David. Le jeu de la séduction réussit et permet à Chloé de développer une relation sensuelle mais aussi et surtout un attachement affectif à Catherine. Elle se fera soigner par Catherine (les éraflures après la chute à bicyclette) renforçant l’image de la médecin-mère.

Elle cherchera à tout connaître d’elle, son corps, son fils (tu ressembles à ta mère), la chambre à coucher, le lit, un corps qu’elle amènera à la désirer… et retrouver ainsi la personne qui portait cette broche-peigne qu’elle lui tendra pour une deuxième fois après avoir fait l’amour avec elle, lors de la scène dans le taxi. «Je veux que tu le portes» dira-t-elle après avoir précisé qu’il provenait de sa mère.

L’abandon

Mais ce sera le moment où s’initient le rejet et l’abandon.

Chloé : «Est-ce qu’on va se revoir?»

Catherine : «Peut-être… sur la rue»

Tout bascule, c’est l’abandon, le rejet, une répétition d’un premier abandon maternel?

Une dernière tentative de rapprochement

Chloé est dans le bureau de Catherine et lui apporte des fleurs mais Catherine revient au contrat de départ évacuant tout ce qui a pu se jouer entre elles.

Catherine : «Tu veux de l’argent»? Elle fait un chèque. «C’est une transaction d’affaires qui est terminée».

Chloé : «Non ce qui s’est passé, c’étaient de vrais sentiments.

Le rejet, l’abandon se confirment. La blessure de Chloé s’ouvre à nouveau, apparaît un mélange d’angoisse, de désespoir et de colère. Le regard devient terrifiant. Chloé est anéantie, c’est le retour à la case départ : le vide.

Une solution s’impose

Tenter à tout prix de retrouver Catherine, la mère à travers le fils Michel, le séduire, lui faire l’amour en refusant de le regarder pour ne voir que ce qui appartient à Catherine, le lit, la chambre, les souliers, les vêtements dans le garde robe ouvert.

Et lorsque Catherine la découvrira dans son lit avec son fils, non seulement Chloé ne cherchera pas à se cacher ou se sauver, elle tentera plutôt un ultime rapprochement, exigeant d’elle un baiser tout en la caressant et la menaçant avec le peigne maternel. «Tu pensais m’acheter et que je disparaisse (retour au début… je peux disparaître)… Ton fils ne t’appartient pas, ni ton mari, ni moi» En d’autres termes : « tu n’as rien ou tu n’es rien, comme moi ».

La poussée dans le vide

Catherine accorde ce baiser à Chloé mais en voyant son fils les observer, elle repousse violemment Chloé dans le mur de verre qui cède. Un moment Chloé se retient puis, il m’a semblé, se laisse tomber dans le vide (son vide), glissant ainsi dans la mort arborant un visage presque serein et même souriant fixant Catherine pour l’éternité, retrouvant ainsi ce qu’elle a recherché, un lien presque biologique de vie ou de mort à Catherine, la mère retrouvée.

Pour moi, le film devrait s’arrêter ici.

La dernière scène

Alors qu’est-ce que vient faire cette scène au cours de laquelle Catherine et David donnent une réception, Catherine portant dans ses cheveux le peigne de la mère de Chloé et ce sera d’ailleurs l’image finale du film.

Je n’ai que des questions :

Catherine est-elle devenue cette mère que Chloé recherchait?

S’est-elle appropriée quelque chose de Chloé, par envie de sa jeunesse, sa beauté, sa sexualité qui lui a permis de retrouver la sienne?

Est-ce l’expression d’une homosexualité latente (comme Freud le souligne dans le délire de jalousie).

Peut-elle effacer tout ce qui s’est passé?

Comment pourra-t-elle vivre avec cette dernière image de Chloé?

L’amour triomphera-t-il?


****

 


Page 51 sur 61

CItation

« Imaginez, si l’ensemble de l’énergie productive et créative des personnes qui travaillent chaque jour sur la planète n’était pas concentrée à faire tourner la machine économique, mais à pratiquer des activités qui leur donnent une irrépressible envie de sauter du lit chaque matin, et que cette énergie soit mise au service de projets à forte utilité écologique et sociale… Il y a fort à parier que le monde changerait rapidement. »

Extrait du Petit manuel de résistance contemporaine de Cyril Dion, coréalisateur du film « Demain »

 

Bande-annonce du film