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Rencontre

Hochelaga, terre des âmes

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Vous êtes cordialement invités à la rencontre du Ciné-psy du 21 février 2018

sur le film

HOCHELAGA, TERRE DES ÂMES de Francois Girard

avec

Crédit photo: Yvan Dubuc

ANDRÉE LEVESQUE-SIOUI, Auteure-compositrice-interprète et enseignante

Notes biographiques

Andrée Levesque-Sioui est Wendat. Auteure-compositrice-interprète, elle enseigne aussi la langue wendat et les chants et danses traditionnels au sein du cours "art et culture" à l’école primaire Wahta’ de Wendake.

Elle est l’interprète principale de trois albums :

  • Yahndawa’ (2011), chants ancestraux wendat et orchestre à cordes, ayant remporté le prix de la meilleure réalisation d’album aux Native American Music Awards 2013 et de la meilleure musique du monde aux Eworld Music Award 2012
  • l’album de berceuses Fais dodo mon trésor (2012)
  • et Ozalik (2013).

Andrée a enregistré le chant Jesous ahatonnia dans la chapelle Notre-Dame de Lorette de Wendake.

Elle est accompagnée par Christian Paré aux percussions aussi Wendat et Marc Vallée aux guitares. Cliquer ici pour voir et entendre l'enregistrement.

Ci-après les explications formulées par Andrée sur le contexte historique au sein duquel ce chant se situe

Kwe Aweti’, bonjour à tous,

Bientôt nous nous verrons à la Rencontre du Ciné-psy pour discuter du film "Hochelaga, terre des âmes" de François Girard.

Marcel Gaumond m’a invité à commenter le film à titre d’artiste wendat. Il m’a aussi proposé d’écrire un mot préparatoire à notre rencontre et pourquoi ne pas le faire en se souhaitant de "Joyeuses fêtes"?

Mais justement, "qu’en est-il de la fête de Noël chez les Premières nations? », me demande-t-il.

Je me permets donc en ce 24 décembre de vous en parler brièvement, à la lumière de ce que je sais, de ce que je vis et de ce que j'entends des gens des différentes communautés autochtones.

Avec la commission de vérité et réconciliation du Canada (https://www.aadnc-aandc.gc.ca/fra/1450124405592/1450124456123#chp1), on a révélé à quel point l’expérience de l’évangélisation forcée fut terrible dans les pensionnats indiens pour les autochtones, mais aussi bien avant 1880. Une des méthodes utilisées pour la conversion était de traduire les chants religieux catholiques ou protestants dans les langues des autochtones à convertir. À titre d'exemple: le premier cantique canadien reconnu, le "Jesous ahatonnia" écrit par le jésuite Jean de Brébeuf vers 1642 en langue wendat sur l'air français de "La pucelle".

Par la suite, vers 1747, au Wendake actuel, Paul Picard Tsawenhohi l’a traduit en français. Et ce n'est qu'en 1927 que le cantique fut adapté en anglais par Jesse Edgard Middleton dans une traduction à mon sens plus respectueuse que dans la version originale où l'on méprise les anciennes croyances des Wendat au profit de celles du catholicisme:

« Chrétiens, prenez courage, Jésus Sauveur est né! Du Malin les ouvrages à jamais sont ruinés. Quand Il chante merveille à ces troublants appas, ne prêtez plus l'oreille, Jésus est né, Jesus ahatonnia".
Je choisis d’en parler parce que c’est un air qu’on entend désormais souvent à ce temps-ci de l’année. Il vaut donc la peine d’expliquer le contexte dans lequel il fut composé et ce qu’on chante au juste. En wendat, on peut traduire "Jésus est né" par Iesous ahatonnia’. Le radical verbal pour ahatonnia' est -atonni- qui veut dire « naître » (litt. Il est fait) M. Lukaniec, linguiste.
J’ai accepté, l’année dernière, d’enregistrer le chant dans la chapelle Notre-Dame de Lorette de Wendake, encore considérée comme mission! J'ai pris cet engagement pour la Fabrique culturelle, compte tenu du fait qu’il n’y avait aucune version chantée sur Internet par des Wendat. J’avais demandé du temps pour expliquer le contexte du chant, mais malheureusement, à la fin du tournage, il n’y avait plus de temps. J'ai pu le faire ici.

Jesous ahatonnia
Je suis accompagnée par Christian Paré aux percussions aussi Wendat et Marc Vallée aux guitares. Voici le lien:

Bien que plusieurs Autochtones - surtout les plus vieux! - soient encore très catholiques pratiquants, de plus en plus de gens des Premières nations retournent à leurs traditions spirituelles d’avant la colonisation. À ce temps de l’année, avec en particulier la lecture des wampums, nous nous racontions nos mythes, légendes, et histoires afin de ne pas oublier les Anciens et les faits vécus tels les alliances et les guerres.

Nous nous réjouissions du "retour de la lumière" et comme Wendat, nous attendions impatiemment que les Pléiades soient au zénith pour la cérémonie de hotihwatsira', soit celle qui constitue encore aujourd’hui, habituellement à la fin janvier, le début de notre nouvelle année. Toutes nos cérémonies qui ponctuent l’année représentent pour nous tout autant d’occasions de remercier ce qui se manifeste et poursuit son travail dans le Grand cercle dont nous faisons partie.

Voici donc quelques exemples d'Autochtones choisissant de décoloniser cette période de l’année du Noël chrétien et disons-le, désormais très mercantile.

Liens sur l’importance du solstice pour les Premières nations avant l’arrivée des croyances chrétiennes et fêtes de Noël:
L'expression "Joyeux Noël" n'existant pas en langue wendat, ce que nous pouvons nous souhaiter de mieux en cette période des fêtes serait :

Ahskennon’nia! Paix!

Au plaisir de se voir alors que les Pléiades auront fait un tour dans le ciel  Eskwayen’ !

Kwe’dokye’s (celle dont la voix flotte sur l’eau, clan de la tortue) Andrée Levesque-Sioui


 

 


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CItation

« Oh Grand Esprit, souffle la paix comme tu souffles le feu, … entends mon cœur qui crie et sois sensible aux âmes qui souffrent ! »

Prière d’un chaman amérindien dans le film « Hochelaga, Terre des âmes »

« Vous savez, si vous prenez tous vos livres et les étendez sous le soleil en laissant, pendant quelques temps, la pluie, la neige et les insectes accomplir leur œuvre, il n’en restera plus rien. Mais le Grand Esprit nous a fourbi la possibilité, à vous et à moi, d’étudier à l’université de la nature les forêts, les rivières, les montagnes et les animaux dont nous faisons partie. »

Extrait de l’autobiographie de Tatanga Mani, de la Première Nation des Stoney

« J’avais un doctorat, j’étais bien mis, mais j’ai réalisé que je ne comprenais rien aux questions autochtones. »

Propos tenu par John Saul, auteur de l’ouvrage Le grand retour (Ed. Boréal) et conjoint d’Adrienne Clarkson, ex-gouverneure générale du Canada

BANDE-ANNONCE DU FILM