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Chroniques

Le fils de Jean

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Commentaire sur le film LE FILS DE JEAN de Philippe Lioret par Marcel Gaumond

L’AMI DE JEAN – UN OURS MAL LÉCHÉ, INCARNATION DE L’OMBRE DU QUÉBÉCOIS TYPIQUE?

« Ours mal léché est une expression populaire datant du XVII e siècle. Elle est employée pour désigner une personne faisant preuve d'un comportement social bourru, grossier, désagréable, rustre, qui n'est ni poli, ni convenable, et ne sait que peu de choses des usages du monde. »

Wikipédia

« …  il existe aussi des êtres qui ne possèdent qu’une persona sous-développée ou même, pour ainsi dire, pas de persona du tout – ‘des Canadiens qui ignorent la politesse trop raffinée des Européens ‘ - ; ils sont comme des ours mal léchés… »

Carl Gustav Jung, extrait du livre Dialectique du moi et de l’inconscient, Gallimard, pp. 165-166.

« … la persona [mot qui désignait le masque porté par les acteurs dans l’antiquité] participe à la réalisation et protection de l’intimité du sujet et donc au tri légitime qu’il peut faire entre ce qu’il doit garder secret et ce qu’il peut confier à autrui. »

Extrait du Dictionnaire Jung, Ellipses, p. 131.

Pierre (Gabriel Arcand), l'ami de Jean/ version "ours ma léché"

Après avoir vu LE FILS DE JEAN une première fois…

Rarement me suis-je senti aussi indisposé, en visionnant un film qui m’est proposé par la Direction du Clap pour ma chronique, qu’en présence du film LE FILS DE JEAN. Pourquoi indisposé? Je vous répondrai :

  • À cause de la manière dont Pierre reçoit Mathieu venu au Québec pour avoir une idée de qui était Jean, son père biologique dont il n’avait jamais entendu parler avant l’annonce de son décès et pour, surtout, faire la connaissance de ses deux frères, Benjamin et Samuel. C’était pourtant lui, Pierre, le meilleur ami de Jean, qui avait rejoint Mathieu à Paris pour lui faire part de cette nouvelle! Alors pourquoi cet air bête qu’il affiche dès ce premier contact avec celui-ci ? Air bête, autoritaire, irascible, renfermé, avare de mots, bougon. En voyant Pierre se comporter ainsi, j’ai tout de suite pensé à l’expression « ours mal léché » pour le qualifier.
  • À cause aussi du comportement entre les deux frères de Mathieu, fils de Jean. Ben et Sam n’ont de cesse de se quereller, de s’invectiver et de se haranguer à coup d’hosties de criss de câlice de tabarnak, comme s’il n’y avait que dans l’alcool et la profération des sempiternels sacres québécois que l’on pouvait noyer et cracher tout à la fois ses frustrations, sa révolte, sa colère et son sentiment d’impuissance. Ben et Sam venant grossir de la plus misérable façon la confrérie des ours mal léchés!

Je me suis rappelé, à ce moment, le passage de l’un des premiers livres de Jung que j’avais lus, quand j’étais dans la jeune vingtaine, soit ce passage que j’ai cité et qui m’avait alors choqué: c’était donc l’image que se faisait des “Canadiens” [traduisons des “Québécois”!] celui qui, à la suite de Freud, maître ès sexualité, m’avait appris à avoir un tout autre regard sur la spiritualité? Tout cela n’allait pas m’aider à apprécier les événements qui allaient se produire ultérieurement dans le film, jusqu’à ce que… j’aie le réflexe, peu habituel dois-je dire, de prendre connaissance des critiques publiées dans les divers médias, lors de la sortie du film en France, à la fin août. J’ai dû alors constater, à mon grand étonnement, que dans une proportion de 94% (!), le contenu de ces critiques était on ne peut plus élogieux et qu’il avait déjà fait l’objet de prix prestigieux dont le Grand Prix Mel Hoppenheim au Festival Cinémania et le prix Jean Renoir des Lycéens. Faites-vous même l’exercice et allez voir sur la Toile!

… et puis après l’avoir vu une seconde fois!

Pour tenter de comprendre ma réaction face au film de Lioret, j’ai entrepris de le regarder attentivement une seconde fois: ce qui m’a permis d’accéder à une toute autre lecture du film. Vous me voyez venir peut-être? Voici, en tout cas, ce qui m’est venu à l’esprit pendant et au terme de ce second visionnement:

  • J’ai pensé que ce qui m’horripilait dans les propos et comportements de Pierre, de Ben et de Sam pouvait bien être le reflet du Pierre-Jean-Jacques québécois, i.e. le reflet de cette part de nous, “Québécois de souche”, qui nous apparaît au plus haut point déplaisant lorsqu’elle se trouve projetée sur les autres, mais que nous avons bien du mal à reconnaître comme nous appartenant en propre. C’est ce que Jung a appelé notre part d’ombre négative.
  • Une fois que j’ai pu associer les propos et attitudes de Pierre à ceux et celles que j’ai moi-même arborés dans maintes circonstances où je me trouvais contrarié et une fois qu’en plus j’ai reconnu que le comportement de type Caïn et Abel de Ben et de Sam ressemblait étrangement à celui que j’avais pu avoir avec mon propre frère (un Jean, en l’occurrence!), il me fut possible de m’ouvrir et de devenir sensible au versant caché de Pierre, sous sa peau d’ours: un Pierre sensible, nostalgique, affectueux et soucieux de se réconcilier avec qui il avait eu le malheur de se dissocier au cours de sa vie passée.
Pierre (Gabriel Arcand), l'ami de Jean/ version sensible et affectueux sous sa peau d'ours et Mathieu (Pierre Deladonchamps), le fils de Jean

Il y aurait bien d’autres thèmes à faire ressortir du FILS DE JEAN et à approfondir :

  • “le rôle limité dans lequel s’est confinée la figure traditionnelle du père, au Québec”, un rôle qui est actuellement en profonde mutation;
  • “l’influence de l’éros paternel sur les amitiés masculines des fils”, thème qui serait de nature à éclairer le conflit entre Ben et Sam;
  • les clichés qui continuent d’imprégner l’image que se font les Français - tel Lioret - du Québécois, avec sa ”cabane au Canada”.

Afin de saisir toutes ces subtilités du film, je ne serais pas surpris si, après l’avoir vu une première fois, vous désiriez faire comme moi et le voir une deuxième fois! Mais bon, de tout cela on parlera, lors de la Rencontre du Ciné-psy qui fera suite à celle du 11 janvier prochain sur le film “Une fille inconnue” des frères Dardenne, film qui sera commenté par Caroline Pelletier, médecin.

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INVITATION

Vous êtes cordialement invités à une rencontre du Ciné-psy sur le film LE FILS DE JEAN avec Marcel Gaumond, psychanalyste

Le mercredi 22 février 2017, de 18 h00 à 19 h (buffet) et de 19 h à 21 h 30 (conférence et échange), au sous-sol de la Bibliothèque Charles-H.-Blais située au 1445 Avenue Maguire, Québec, QC. G1T 2W9

Réservations: de préférence par courriel ( Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. ) ou par téléphone 418 683-0711

Coût d’entrée: 22$ - Étudiant 15$ (incluant l’admission et le buffet)

La rencontre sera encadrée par Yasmina Sévigny-Côté, doctorante en littérature

www.cine-psy.com

 


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CItation

« Il s’agit évidemment non pas de se convertir à un optimisme béat, qui passerait sous silence les injustices de ce monde. Mais à un optimisme d’action, “de volonté”, pour reprendre la formule d’Alain, voire de combat. »

Dominique Nora (en introduction au magazine L’Obs du 16 août 2018 abordant le thème « Et si le monde n’allait pas si mal… Voyage chez les “nouveaux optimistes” »)

Bande annonce du film

 

INVITATION

Vous êtes cordialement invités à un lancement de livre qui porte sur un sujet qui vous tient peut-être à cœur : « Santé et maladie au cinéma. L’Éclairage des sciences humaines et sociales ». En espérant vous voir nombreux.

Nicolas Vonarx

Pour carton d'invitation cliquer ici!