cine-psy.com

  • Augmenter la taille
  • Taille par défaut
  • Diminuer la taille
Chroniques

Moi, Daniel Blake

Imprimer

Commentaire sur le film MOI, DANIEL BLAKE de Ken Loach

par Marcel Gaumond

À PROPOS DES LOIS QUI CONTREVIENNENT À LA DIGNITÉ DE LA PERSONNE HUMAINE


« Le gouvernement est donc allé de l’avant dans son approche coercitive à l’égard des personnes assistées sociales, en les menaçant notamment de couper une aide de dernier recours déjà insuffisante pour subvenir à leurs besoins essentiels. Il va sans dire qu’une telle politique contrevient à sa responsabilité de veiller au "respect de la dignité humaine" et à l’atteinte d’un "Québec sans pauvreté", deux objectifs contenus dans la Loi québécoise visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale. »

Martin Petitclerc et Cory Verbauwhede (commentant l’adoption par le  gouvernement québécois du projet de la loi 70 devenue la loi 25, dans l’édition du journal Le Devoir du 12 novembre 2016)

« Aujourd'hui, la pauvreté et la maladie sont redevenues un péché, comme à l'époque victorienne. Il faut se justifier d'y être tombé. »

Anne Diatkine du magazine Elle

Le drame des laissés pour compte

Il n’y a pas qu’au Québec de la loi 70 sur l’aide sociale ou aux États-Unis de l’anti-Obamacare républicain que les services d’aide sociale offerts à la population font jaser et pire, provoquent l’ire autant des plus riches (qui trouvent faramineuses les dépenses auxquelles leurs impôts doivent contribuer) que des plus pauvres (qui se sentent incompris et injustement abandonnés). Au Royaume-Uni, le gouvernement en place adopta en 2010 un plan d’austérité impliquant la privatisation d’un grand nombre de services publics. MOI, DANIEL BLAKE illustre magistralement les effets pervers que les laissés-pour-compte de la société britannique durent subir, à la suite de l’actualisation de ce plan. C’est à Daniel Blake, personnage troublant d’humanité et auprès de qui viendront bientôt s’associer Katie et ses deux jeunes enfants que Ken Loach a confié la tâche de nous sensibiliser à ce drame.

Image extraite du film Jimmy's Hall, précédent film de Ken Loach

Salle de danse et bien-être social

Ceux et celles d’entre vous qui ont eu le bonheur de voir La salle de danse (Jimmy’s Hall), précédent film de Loach avez dû, tout comme moi, espérer que ce réalisateur type d’un cinéma engagé se remettrait au boulot et nous gratifierait encore, en dépit de son âge avancé, d’autres films tout aussi bellement habités par cette pulsion humanitaire qui caractérise son œuvre. Souvenez-vous… L’histoire, inspirée d’un fait vécu, relate l’initiative de Jimmy Gralton qui, en 1932, après dix ans d’exil aux États-Unis, revient dans son Irlande natale et accepte de rouvrir le Hall, soit une salle qui sera ouverte à tous et qui contribuera à réunir à nouveau les gens de la place par la médiation socio-culturelle des arts et de la danse. Et cela, en dépit de toutes les tensions qu’un tel type d’initiative ne manque pas de faire ressortir et en particulier, celles en provenance du clergé catholique de l’époque. Souffle générateur d’un véritable “bien-être social”, au cœur d’une société occidentale devenue aujourd’hui outrageusement individualiste, sous le masque trompeur et solitaire des réseaux sociaux du monde numérique.

Image extraite du film Moonlight de Barry Jenkins, Oscar du meilleur film 2017

Moonlight: de l’ombre trumpienne à Daniel Black

C’est à un Ken Loach octogénaire que nous devons maintenant MOI, DAVID BLAKE, un Ken Loach en colère devant les iniquités sociales et dangereusement en forme! Et il semble que, tout comme cela s’est produit lors du processus de sélection qui amena les membres du jury de Los Angeles à décerner l’Oscar 2017 du meilleur film à Moonlight, un film relatant l’histoire d’un Afro-Américain homosexuel, l’incarnation même de l’Ombre trumpienne, de même les membres du jury de Cannes ont-ils décerné la Palme d’or 2016 à ce Daniel Black” qui, à l’instar du David de l’Ancien Testament, pourrait bien incarner ce pouvoir qu’a le Petit, lorsque mû par un sentiment d’injustice partagé par un grand nombre, de vaincre le Grand. Attention (!): vous qui n’avez pas encore vu MOI, DANIEL BLAKE, ne vous attendez pas au triomphe manifeste de celui-ci, lui qui se trouve comme Katia et ses enfants, dans une position de faiblesse frisant le sentiment d’impuissance. Mais il est possible que devant la détresse de ceux-ci, devant leur détresse et leur souci de s’assurer du minimum décent pour leur survie, vous commencerez à comprendre un peu, comme moi-même j’essaie péniblement de comprendre: pourquoi le Brexit (?), pourquoi l’accession au pouvoir d’un Donald Trump (?), pourquoi la popularité grandissante d’une Marine Le Pen (?) et bien d’autres pourquoi de la sorte.

Daniel Blake (Dave Johns) et Ken Loach

Les deux David: l’aveugle suiveux et le solidaire solitaire

Pourquoi, sinon que le Petit, face au Grand, n’a pas le luxe de réfléchir. Le Petit n’a alors en tête que ce qui peut lui permettre de survivre. De survivre dignement! À partir de ce moment-là, ses antennes ne sont plus axées que sur les discours qui font montre d’être sensibles à sa détresse, aussi relative que soit l’ampleur de sa détresse. Et aussi mensonger et manipulateur que soit le contenu des discours de ces “sauveurs du peuple”! Souvenons-nous de ce “Petit” qui - à une époque où la grande nation qui nous a valu des Einstein, Heisenberg, Wagner, Goethe, Nietzsche, Rilke, Hesse, Mann, Brecht, Klee … est frappée par le chômage - a su plonger les siens dans la grande infamie d'Auschwitz!

Le Petit, toutefois, que personnifie DAVID BLAKE ne fait pas partie du troupeau dont les membres sont prêts à suivre aveuglément le leader charismatique qui leur promet mer et monde. Il est plutôt de la race de ceux et de celles qui, solidaires de leurs semblables, osent écrire en grosses lettres sur le mur de ceux qui abusent de leur pouvoir et s’avèrent insensibles aux injustices qu’ils perpétuent: "NOUS, DANIEL BLAKE n’auront de cesse de signer notre désaccord devant le caractère inhumain de ces lois qui favorisent les puissants au détriment des plus vulnérables et des plus démunis de notre société."

_____________________________________________________________________________________

INVITATION

Vous êtes cordialement invités à une rencontre du Ciné-psy sur le film MOI, DANIEL BLAKE avec Jean-Yves Simard, Gestionnaire conseil en services de santé et services sociaux.

Le mercredi 31 MAI 2017, de 18 h00 à 19 h (buffet) et de 19 h à 21 h 30 (conférence et échange), au sous-sol de la Bibliothèque Charles-H.-Blais située au 1445 Avenue Maguire, Québec.

Réservations: de préférence par courriel ( Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. ) ou par téléphone au 418 683-0711.

Coût d’entrée: 20$ - Étudiant 15$ (incluant l’admission et le buffet)

La rencontre sera encadrée par Marcel Gaumond, Psychanalyste.

WWW.CINE-PSY.COM

 


Page 8 sur 100

CItation

« Il s’agit évidemment non pas de se convertir à un optimisme béat, qui passerait sous silence les injustices de ce monde. Mais à un optimisme d’action, “de volonté”, pour reprendre la formule d’Alain, voire de combat. »

Dominique Nora (en introduction au magazine L’Obs du 16 août 2018 abordant le thème « Et si le monde n’allait pas si mal… Voyage chez les “nouveaux optimistes” »)

Bande annonce du film

 

INVITATION

Vous êtes cordialement invités à un lancement de livre qui porte sur un sujet qui vous tient peut-être à cœur : « Santé et maladie au cinéma. L’Éclairage des sciences humaines et sociales ». En espérant vous voir nombreux.

Nicolas Vonarx

Pour carton d'invitation cliquer ici!