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Chroniques

Pieds nus dans l'aube

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Commentaire sur le film PIEDS NUS DANS L’AUBE de Francis Leclerc

par Marcel Gaumond

Notre mère (comme bien des mamans de pays neufs, à qui naturellement incombe la tâche de tenir allumée la lampe intérieure) fut notre pilote sûr et joyeux devant les innombrables remous. Elle aurait tenu la barre d’une galère de pirates, pourvu que la destination fût “par en haut”.

Pieds nus dans l’aube, Félix Leclerc, Ed. Fides, p. 40


Lentement, discrètement, papa nous préparait un héritage; il nous glissait ce qui est mieux que l’argent: du courage, des provisions de courage pour l’avenir, car lui savait que dans le détour, après l’enfance, une bête nouvelle et compliquée, tapie hypocritement, fait le guet… Bien assez tôt, ce devait être notre tour d’entrer dans cette gueule!

Ouvrage cité, p. 81


Quand mon ami viendra par la rivière, au mois de mai après un dur hiver, je sortirai bras nus dans la lumière, et lui dirai le salut de la terre… Vois les fleurs ont recommencé, dans l’étable crient les nouveau-nés, [….] les bourgeons sortent de la mort, papillons ont des manteaux d’or, près du ruisseau sont alignées les fées et les crapauds chantent la liberté.

Extrait de la chanson « Hymne au printemps », Félix Leclerc


LE COEUR DÉJÀ MERVEILLEUSEMENT FLEURI, À L'AUBE DE LA VIE!

Fidor, Félix et leur nouveau "fidèle compagnon"

Je vous le dis tout net: je ne me souviens pas d’avoir un film qui m’ait autant plu, ému, émerveillé et bouleversé que PIEDS NUS DANS L’AUBE. Pourtant, si vous consultez la liste des films – plus d’une centaine – que j’ai eu le plaisir de commenter dans le cadre de cette chronique, vous constaterez l’immense richesse de cette moisson de films, en provenance de vingt-cinq pays (!), que la Direction du Clap a eu la générosité de me proposer depuis 1997.

À la sortie du cinéma Le Clap, après le visionnement de ce film, je n’avais que ces mots en tête: “quel éblouissant chef d’œuvre!” PIEDS NUS DANS L’AUBE est un film qu’il faut absolument aller voir et voir nécessairement sur un grand écran. Au même titre que ces biographies que l’on ne peut pas se permettre d’ignorer, tant leur contenu, fond et forme, constitue une sorte de modèle qui devient, à partir du moment où on en a pris connaissance, une référence à laquelle se mesurent forcément toutes les autres. Celle de Nelson Mandela, Un long chemin vers la liberté, à titre d’exemple.

Alors, si ce n’est pas déjà fait, au moment où vous lisez ces lignes et que vous voilà bien assis, en silence, dans la salle obscure, vous préparant à voir les premières images de PIEDS NUS DANS l’AUBE, attelez-vous: les cent quinze minutes que dure le film vous paraîtront un instant, car chacune de ces minutes vous plongera dans des images d’une stupéfiante beauté et dans des contacts, visages-village-et-nature-sauvage, d’une troublante sensibilité.


Un retour aux riches et saines racines culturelles du passé québécois

Ceux et celles d’entre vous qui sont de ma génération éprouveront sûrement comme moi le plaisir de retrouver sur le grand écran tous ces objets pour la plupart disparus aujourd’hui et ces lieux qui ont marqué leur enfance, lieux où se déroulaient d’une saison à l’autre, sans de grandes variations, ces activités toutes simples qui comblaient leur temps de loisir et leur présence au sein de leur famille. La pêche avec une canne en bambou, le séjour dans un shack en bois rond loin dans la forêt, la cueillette de baies sauvages dans les prés, la promenade en charette tirée par le percheron dont on vous invite à tenir les cordeaux, le bois qu’il faut corder puis rentrer quotidiennement dans la maison pour chauffer, les devoirs de composition couchés sur le papier avec la plume et l’encrier, les soirées en famille où on chante en choeur et tous ces moments sacrés pendant lesquels les enfants ne se lassent pas d’entendre les récits des aventures vécues par les aïeux. Et puis toutes ces visites rituelles chez le forgeron, à la gare de train, au magasin général, chez le barbier, au cimetière et à l’église où le curé s’exprime souvent en latin et nous impressionne… ou nous endort avec ses récits truffés de miracles. Sans oublier la salle de danse où ont pu s’hasarder les premiers pas et émois amoureux.


Autrement si vous êtes d’une génération récente et n’avez rien connu de tout cela, vous n’en ferez pas moins les yeux ronds devant cette lumineuse évocation d’un passé, vécu dans la ville de la Tuque, au temps où Félix avait 12 et 13 ans, dans les année 20. Cela avec le pressentiment peut-être que ce qui fait défaut dans la trépidante vie actuelle pourrait bien être déniché dans l’âme de ce passé.

Les personnages et les paysages

Comment Francis Leclerc a-t-il pu accomplir cet exploit de trouver des acteurs et des actrices aussi sympathiques et d’allure aussi authentique que ceux et celles qui incarnent les protagonistes des PIEDS NUS DANS L’AUBE? À commencer par Fabiola (Catherine Sénart), la mère de Félix qui navigue parmi ses onze enfants comme une abeille infatigable à l’intérieur d’une ruche heureuse. Sereine, attentive, souriante, à l’écoute des peines et des rêves de chacun. Chacun devant se sentir “unique”, lorsqu’elle s’adresse à lui ou à elle! Et puis le père Léo magnifiquement représenté par Roy Dupuis qui déjà, dans le film-documentaire L’empreinte de Carole Poliquin et Yvan Dubuc, tentait de découvrir les fondements de l’identité Québécoise, intimement liée aux relations que nos ancêtres entretenaient avec les communautés des Premières Nations. Un Léo-Lion solide et enraciné comme un chêne, explorateur, défricheur et bâtisseur. On dira de lui qu’il “plante des maisons comme le jardinier plante des choux”. Un homme tendre aussi, sensible et généreux à l’égard des pauvres de son patelin, mari aimant et complice, père solidaire et nanti de cette précieuse faculté de reconnaissance du potentiel particulier de chacun de ses enfants. C’est ainsi qu’à partir du moment où l’on découvrira chez Félix (Justin Leyrolles-Bouchard) de singulières aptitudes pour la poésie et la musique, on n’hésitera pas à l’encourager à quitter les siens pour entreprendre des études classiques, loin-loin de chez lui… chez les Anglais, à Ottawa.

Heureusement, avant de prendre le train pour cet ailleurs, avant de chausser ces souliers qui allaient “beaucoup voyager”, “piétiner la lune”, “coucher chez les fées” et “faire danser plus d’une”, Félix aura eu le temps, pendant son enfance, d’être outillé de la plus belle façon pour ne pas périr dans la gueule du loup, de cette société de “temples à finances” qui trop souvent “abat les fils du pays une bonne fois pour toutes et leur casse les reins, et le dos, et la tête, et le bec, et les ailes” (chansons de Félix “Moi mes souliers” et “L’alouette en colère”). Félix aura eu le temps au sein d’une nature à la fois rude et féconde, de s’émerveiller devant la beauté du monde, d’expérimenter le riche fruit du labeur consenti et d’entendre la montagne lui répondre en écho, “chante!”, le jour où il l’a traitée de méchante.


PIEDS NUS DANS L’AUBE est une mosaïque dont l’ensemble des éléments – personnages, lieux, objets, évènements, paroles et paysages – forment un tout cohérent d’où se degagent un sens, un enseignement. “Le compte y est”, pourrait-on dire, si bien que l’on a affaire à un conte de nature, comme tous les contes que l'on se plaisait à lire et à re-lire, à écouter et à ré-écouter quand nous étions enfants, à traverser le temps. Un conte qui nous parle de tout ce qui s’éveille dans le coeur et l’esprit de l’individu, au moment où il s’apprête à quitter le monde de l’enfance pour amorcer le difficile apprentissage du monde adulte, en traversant le monde intermédiaire de l’adolescence: ce qui est superbement illustré dans le film par le passage à gué d’une rivière, d’une rive à l’autre.


Initiation à l’amour: celui des fidélités et des infidélités, celui qui est à construire. Initiation à l’amitié: tout ce que Félix aura appris et vécu grâce à son ami Fidor (Julien Leclerc) si différent de lui! Initiation à la guerre et à tous ces conflits qui dressent les êtres humains les uns contre les autres: et là on pense aux récits du mononcle Charles et à sa sagesse lorsqu’il invite Félix, un soir, au coin d’un feu de camp, à s’armer de courage et à aller de l’avant sur son propre chemin. Pour réaliser cela, écrira et chantera plus tard Félix, dans l’une de ses plus belles chansons, “Tu te lèveras tôt”!

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INVITATION

Vous êtes cordialement invités à une rencontre du Ciné-psy sur le film PIEDS NUS DANS L’AUBE avec Denys Delâge, sociologue et historien.

Le mercredi 6 décembre, de 18 h00 à 19 h (buffet) et de 19 h à 21 h 30 (conférence et échange), au sous-sol de l’Église Saint-Charles Garnier située au 1215 Avenue du Chanoine Morel, Québec.

Réservations: de préférence par courriel ( Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. ) ou par téléphone au 418 683-0711.

Coût d’entrée: 20$ - Étudiant 15$ (incluant l’admission et le buffet).

La rencontre sera encadrée par Marcel Gaumond, Psychanalyste.

 

WWW.CINE-PSY.COM

 


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CItation

« Il s’agit évidemment non pas de se convertir à un optimisme béat, qui passerait sous silence les injustices de ce monde. Mais à un optimisme d’action, “de volonté”, pour reprendre la formule d’Alain, voire de combat. »

Dominique Nora (en introduction au magazine L’Obs du 16 août 2018 abordant le thème « Et si le monde n’allait pas si mal… Voyage chez les “nouveaux optimistes” »)

Bande annonce du film

 

INVITATION

Vous êtes cordialement invités à un lancement de livre qui porte sur un sujet qui vous tient peut-être à cœur : « Santé et maladie au cinéma. L’Éclairage des sciences humaines et sociales ». En espérant vous voir nombreux.

Nicolas Vonarx

Pour carton d'invitation cliquer ici!