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Chroniques

Jusqu'à la garde

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Commentaire sur le film JUSQU'À LA GARDE de Xavier Legrand
par Marcel Gaumond
« Chez le jeune enfant, la colère, qui s’exprime dans des réactions clastiques [violentes] et destructrices, constitue une étape incontournable avant qu’il ne parvienne à la transformer en un processus d’individuation et de séparation. L’enfant doit passer de l’isolement, ressenti comme perte, comme désarroi et générateur de colère, à la capacité d’accepter la solitude comme condition même de la relation à autrui. La solitude, en ce sens, est le contraire de l’isolement qui est la marque d’une désocialisation et d’une perte du lien aux autres. Cette forme de colère caractérise très tôt le comportement de l’enfant, dans la mesure où il se vit dès la naissance comme le centre du monde et veut l’organiser autour de lui, sans différenciation entre lui et sa mère, entre lui et les objets qui l’entourent. »
« Du bon usage de la colère », Jacques Sédat, in revue Études, nov. 2013
COLÈRE D'IMPLICATION ET COLÈRE D'IMPUTATION
On sait depuis belle lurette que c’est en explorant tous les méandres de la sexualité que Freud est parvenu à élaborer une théorie de nature à éclairer nombre de facettes du développement humain et nombre de ratés de ce développement. Dans le cadre de cette théorie, les dynamiques du refoulement et du passage à l’acte occupent une place prépondérante, comme elles l’occupent par ailleurs dans le phénomène de la colère. La colère qui, avec son versant jour et son versant nuit, jouit d’un olympien pouvoir tant de protection que de destruction. On ne s’étonnera pas alors que dans des pays où règne une forme ou l’autre de dictature, on interdise, sous peine de sanctions draconiennes, la libre expression tant de la sexualité que de la colère. Au sein de notre tradition occidentale, les Pères de l’Église n’ont-ils pas décrété celle-ci comme l’un des sept péchés capitaux? Avec cette exception toutefois de la « sainte colère » qui s’empara de Moïse face aux adorateurs du veau d’or et de Jésus au contact des « vendeurs du Temple ». C’est qu’il existe des lieux, des causes et des liens qui demandent à être respectés. Ce qui nous amènera, suivant la formulation proposée par Jacques Sédat, à distinguer la « colère d’implication » – qui suppose une mobilisation émotionnelle s’opposant à toute forme de comportement déshumanisant – de la « colère d’imputation » qui, pour sa part, s’inscrit dans la dynamique du bouc émissaire, une dynamique qui consiste à charger l’autre d’un tort que l’on n’a ni la maturité psychologique ni le courage moral de reconnaître en soi.
MANIFESTATION D'UNE SAINE COLÈRE
Il y a la colère des femmes, à la suite de l’affaire Weinstein et tout ce que celle-ci a déclenché chez nous et en Europe. La colère des Amérindiens, à la suite du drame des pensionnats, des réserves et des ententes qui ne furent jamais respectées par les gouvernements en place. La colère des écologistes, au lendemain de l’accord de Paris, accord que des films comme, hier Demain et aujourd’hui La Terre vue du cœur, ne semblent pas pouvoir contribuer à faire respecter, là non plus. La colère des émigrants, des damnés de la Terre et de tous les laissés-pour-compte à l’égard du 1 % de la population mondiale qui possède plus que les 99 % restants. Et puis, il y a « l’autre colère »…
COMPRENDRE CE QUI PEUT ÊTRE À LA SOURCE D'UNE COLÈRE DESTRUCTRICE
Le film JUSQU’À LA GARDE nous offre une démonstration exemplaire d’un cas de colère d’imputation. Dans le cadre d’une procédure de divorce, les membres d’un couple doivent de part et d’autre défendre une position qui aura comme conséquence légale l’autorisation ou non pour le père d’avoir une garde partagée. À voir Antoine, le père, dès qu’il apparaît sur l’écran, au tout début du film, on a le sentiment que l’on sait déjà à qui l’on aura affaire dans la suite de l’histoire : un homme habité par une immense frustration, une frustration génératrice de colère et de ressentiment. Mais quant à Miriam qui fut son épouse et avec qui il eut deux enfants, Joséphine devenue majeure et Julien, onze ans, il n’est pas facile de saisir qui elle peut être et ce qui se passe en elle. Muette comme une carpe, elle est manifestement déterminée à éviter tout contact avec son « ex » qui se trouve à deux pas d’elle, accompagné tout comme elle, de son avocate, en présence de la juge. À part Antoine, il n’y a que des femmes dans cette petite pièce où se joue la « garde » de Julien, une garde dont Antoine s’emploie de tout son être à obtenir le partage. Afin d’avoir un contact avec son fils à tout le moins une fin de semaine sur deux, il a pris la décision de quitter l’emploi qu’il occupait dans une autre ville et ainsi de se rapprocher du nouveau lieu de résidence de Miriam : un tel geste ne pouvait-il pas être interprété par la juge comme celui d’un père responsable et aimant? Il le sera et cela, en dépit d’une lettre de Julien dans laquelle celui-ci déclarait ne pas vouloir revoir son père. Et là, on se dit « ouf! », la cour de justice ne sera pas à nouveau tombée dans le panneau d’un préjugé privilégiant d’emblée la position de la mère. D’ailleurs, même si les apparences mettent en scène un homme massif au regard buté aux côtés d’une femme délicate que l’on serait instinctivement porté à protéger, en grattant un peu le vernis social de chacun n’aurions-nous pas la surprise de découvrir en-dessous, à l’intérieur de Julien, un être tendre et dévoué et à l’intérieur de Miriam, une castrante dominatrice?


À vous de découvrir la réponse à ces questions, au fur et à mesure des interactions qui se produiront tout au long du film jusqu’à son dramatique dénouement. Cœurs trop sensibles, s’abstenir, mais pour tous ceux et toutes celles d’entre vous qui cherchez à comprendre ce qui peut être à la source de ces flambées de colère destructrice qui souvent éclatent dans les conflits de couple, je dirais qu’il faut voir ce film à tout prix. Cela, en ayant le souci d’en repérer les moments-clefs susceptibles de contribuer à une telle compréhension.
INVITATION
Vous êtes cordialement invités à une rencontre du Ciné-psy sur le film JUSQU'À LA GARDE avec MONIQUE TREMBLAY, psychologue clinicienne.
Le mercredi 6 juin 2018 de 18 h à 19 h (buffet préparé par le Buffet du passant) et de 19 h à 21 h 30 (conférence et échange), au sous-sol l’église Saint-Charles-Garnier située au 1215, avenue du Chanoine Morel, Québec.
Réservations : de préférence par courriel ( Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. ) ou par téléphone 418 683-0711
Coût d’entrée : 22 $ · Étudiant 15 $ (incluant l’admission et le buffet).
La rencontre sera encadrée par Marcel Gaumond, psychanalyste.
WWW.CINE-PSY.COM
 


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CItation

« Il s’agit évidemment non pas de se convertir à un optimisme béat, qui passerait sous silence les injustices de ce monde. Mais à un optimisme d’action, “de volonté”, pour reprendre la formule d’Alain, voire de combat. »

Dominique Nora (en introduction au magazine L’Obs du 16 août 2018 abordant le thème « Et si le monde n’allait pas si mal… Voyage chez les “nouveaux optimistes” »)

Bande annonce du film

 

INVITATION

Vous êtes cordialement invités à un lancement de livre qui porte sur un sujet qui vous tient peut-être à cœur : « Santé et maladie au cinéma. L’Éclairage des sciences humaines et sociales ». En espérant vous voir nombreux.

Nicolas Vonarx

Pour carton d'invitation cliquer ici!