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Chroniques

AVA

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AVA : MÉTAPHORE DE L'ÉTAT DE MATURITÉ ACTUELLE DE L'ESPÈCE HUMAINE?
Commentaire sur le film AVA de Léa Mysius par Marcel Gaumond

« … les humains semblent plus irresponsables que jamais. Self-made-dieux, avec juste les lois de la physique pour compagnie, nous n’avons de comptes à rendre à personne. Ainsi faisons-nous des ravages parmi les autres animaux et dans l’écosystème environnant en ne cherchant guère plus que nos aises et notre amusement, sans jamais trouver satisfaction. »
Yuval Noah Harari, Sapiens. Une brève histoire de l’humanité, Albin Michel, 2015, p. 492. 

« En réalité, seul un changement dans la mentalité de l’être individuel peut amener un renouvellement de l’esprit des Nations. C’est par l’individu que cela doit commencer. Il est […] des hommes de bonne volonté qui veulent briser le principe de puissance… chez autrui. Que l’on brise d’abord le principe de puissance en soi-même; la chose devient alors plausible pour les autres. »
Carl Gustav Jung, Wotan, cité dans l’article d’Ann Kutek et Claire Raguet « Le moi aux prises avec l’ombre, personnelle et collective », Revue de psychologie analytique, no 3, 2014, p. 53.

D'ÈVE À AVA
Si le nom d’Ève (ou Éva) est pour les chrétiens, les juifs et les musulmans, synonyme de « première femme » ou, au sens littéral de son nom hébreu, « celle qui donne la vie », le nom Ava qu’a donné la brillante cinéaste Léa Mysius à l’héroïne de son film pourrait signifier, pour sa part, ce que la femme actuelle fait ou ne parvient pas à faire de cette vie qui lui est donnée. AVA, un film qui n’a de cesse de nous étonner tout au long de son visionnement. Un film que je n’hésiterais pas à qualifier de visionnaire, tant chacune de ses scènes surprenantes semble porteuse d’un sens caché dont la découverte nous vaudrait de mieux saisir la source des aberrations auxquelles notre quotidien d’humain du XXIe siècle se trouve confronté par la voie bénie/maudite des divers médias d’information.

NE PLUS VOIR LA BEAUTÉ DU MONDE?
Il serait bien sûr possible de nous en tenir au contenu manifeste du film, c’est-à-dire à la douloureuse problématique dans laquelle se trouve soudainement plongée la jeune adolescente Ava (treize ans), à partir du moment où elle apprend de la bouche de l’ophtalmologiste qui a examiné ses yeux, qu’elle n’en a plus pour longtemps à voir ce monde. Un monde qui pourtant faisait l’objet jusque-là comme d’une propriété d’accès permanente, comme d’un bien inaliénable. Ne plus voir la beauté du monde. Être coupée de tout ce que la vue permet de saisir de cette myriade d’éléments qui s’offrent à nous per-pé-tu-elle-ment : les levers et les couchers de soleil, la lune orangée, les geais bleus, les colibris, les mésanges, les parulines et les pics flamboyants (à vous de nommer les autres…, sans oublier les papillons!), les enfants qui courent vers nous en nous tendant les bras et en nous montrant ces petites merveilles qu’ils viennent tout juste d’illustrer sur papier, les fleurs du parterre, les collines et les forêts vus du ciel, tout ce qui est en vie autour de nous et nous parle par le regard et le mouvement, les merveilles architecturales et tout ce qui s’annonce à l’horizon et qu’on a bien hâte de découvrir en s’en approchant. Les livres, les photos, les films! Faire le deuil de tout cela ? N’est-ce pas un peu beaucoup mourir à une grande partie de ce qui nous donne le goût de vivre ?

AGIR SUR SON DESTIN PLUTÔT QUE LE SUBIR
Mais qu’est-ce donc ce qui permet à Ava d’affronter ce deuil avec détermination, alors même que sa velléitaire de mère est en larmes? Qu’est-ce qui lui donne la force avec son âme d’enfant de se livrer aux jeux de l’apprentissage de sa condition à venir de non-voyante? D’où vient cette lumière dont elle s’empare comme guide pour assurer ses premiers pas dans un monde de noirceur? Farouche Ava qui se sent coupable de ne jamais verser de larmes et qui se sent méchante à cause de cela ! Mais c’est que d’instinct elle se doit de mobiliser tout ce qu’elle a d’énergie vive pour agir sur son destin au lieu de le subir. Elle doit sans hésiter puiser à fond dans sa saine colère afin d’apprivoiser ce dragon cracheur de flammes qui a osé s’attaquer à la prunelle de ses yeux.

BRAVER LES INTERDITS ET NAÎTRE À UNE AUTRE VIE
Et la voilà qui fonce, qui armée du chien Loupo comme allié fidèle, va cueillir son premier baiser, ose marcher les yeux fermés près d’un abîme et braver les interdits fixés par les législateurs d’une société fascisante. Ève avait-elle, troublée, caché sa nudité après avoir transgressé l’interdit de manger les fruits de l’arbre de la connaissance (Genèse, 3, 7), Ava agira en sens inverse : pour aller, les yeux bandés, s’immerger dans une mer agitée que nous pourrions associer à des eaux baptismales originelles, elle enlèvera ses vêtements à la façon d’un dépouillement de coutumes devenues étouffantes, de manière à pouvoir naître à une vie qui ouvre sur du passionnant inédit. Et puis lorsque Juan le Gitan sur qui Ava jette son dévolu est poursuivi par les gardiens de l’ordre, Ava n’hésitera pas à défendre bec et ongles sa liberté et à prendre le large avec lui.


L'HOMO SAPIENS AUTODÉTERMINÉ À DISPARAÎTRE?
Pourquoi oser vous dire tout cela de l’histoire de la jeune, belle et rebelle Ava, au risque de vous priver, vous qui me lisez, de certains punchs du film? Un film que vous pourrez, VOUS, voir, à la différence de mon ami et collègue François Côté, non-voyant, que j’ai invité à la prochaine rencontre du Ciné-psy! Eh bien, tout simplement, parce que, à mes yeux, l’histoire d’Ava est représentative, comme le titre de ma chronique l’évoque, d’une toute autre histoire qu’il nous appartient à chacun de décrypter : l’histoire d’une genèse planétaire chiffrée actuellement à 5,55 milliards d’années et qui a pour fruit l’homo sapiens que nous sommes. D’après un consensus scientifique, l’être humain est la première espèce vivante connue qui, dû à son mode particulier de rapport à l’autre (la nature et tous les êtres sensibles qui l’habitent), s’est autodéterminée à disparaître. Alors ne faut-il pas écrire une nouvelle Bible (Livre du sacré) qui, tout en thésaurisant la sagesse de l’ancienne, aurait le front et l’audace d’inclure en tout premier lieu l’agir d’Ava comme gage d’un possible avenir ?

INVITATION
Vous êtes cordialement invités à une rencontre du Ciné-psy sur le film AVA avec François Côté, psychologue.

Le mercredi 1er novembre 2017 de 18 h à 19 h (buffet) et de 19 h à 21 h 30 (conférence et échange), à la bibliothèque Monique-Corriveau, située au 1100 route de l’Église, Québec.

Réservations : de préférence par courriel ( Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. ) ou par téléphone 418 683-0711

Coût d’entrée : 20 $ · Étudiant 15 $ (incluant l’admission et le buffet).

La rencontre sera encadrée par Marcel Gaumond, psychanalyste.

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CItation

«… les humains semblent plus irresponsables que jamais. Self-made-dieux, avec juste les lois de la physique pour compagnie, nous n’avons de compte à rendre à personne. Ainsi faisons-nous des ravages parmi les autres animaux et dans l’écosystème environnant en ne cherchant guère plus que nos aises et notre amusement, sans jamais trouver satisfaction.»

Yuval Noah Harari, Sapiens. Une brève histoire de l’humanité, Albin Michel, 2015, p. 492.

« En réalité, seul un changement dans la mentalité de l’être individuel peut amener un renouvellement de l’esprit des Nations. C’est par l’individu que cela doit commencer. Il est […] des hommes de bonne volonté qui veulent briser le principe de puissance… chez autrui. Que l’on brise d’abord le principe de puissance en soi-même ; la chose devient alors plausible pour les autres. »

Carl Gustav Jung, Wotan, cité dans l’article de Ann Kutek et Claire Raguet « Le moi aux prises avec l’ombre, personnelle et collective », Revue de psychologie analytique, No3, 2014, p. 53.

Bande annonce du film