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Chroniques

Il pleuvait des oiseaux

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« Où il sera question de grands disparus, d’un pacte de mort qui donne son sel à la vie, du puissant appel de la forêt et de l’amour qui donne aussi son prix à la vie.
[…] L’histoire est celle de trois vieillards qui ont choisi de disparaître en forêt. Trois êtres épris de liberté.
– La liberté, c’est de choisir sa vie.
– Et sa mort. »

Extrait du roman Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier, XYZ éditeur, 2011, p. 9. 

QUE VIVENT, INTÉRIEUREMENT, LES PERSONNES QUI ONT SURVÉCU AUX « GRANDS FEUX »?
LES « GRANDS FEUX » DES MOIS DE JUILLET 1916 ET 2019
D’entrée de jeu, dans le film Il pleuvait des oiseaux, on voit une photographe déterminée par le biais de son métier à saisir ce qu’a pu vivre intérieurement le vieil Ed Boychuck, un rescapé des grands feux qui vit en ermite, avec Tom et Charlie, près d’un lac et au cœur de cette vaste forêt qui faillit le réduire en cendres. Dans le roman éponyme à la source du scénario du film, roman qui a connu un grand succès, il est fait allusion au grand feu qui, le 29 juillet 1916, dévasta le nord de l’Ontario en rasant les villes de Cochrane et de Matheson et en faisant perdre la vie à pas moins de 228 personnes. Cet incendie, le plus meurtrier à avoir eu lieu au Canada, fut officiellement attribué aux nombreux petits brasiers provoqués par la foudre et aux étincelles en provenance de roues de locomotives. Il se déclara alors que le mercure indiquait 35 degrés Celsius dans cette région. Une telle chaleur ne nous rappelle-t-elle pas celle qui s’est propagée chez nous, en ce mois de juillet 2019 considéré comme étant le plus chaud jamais mesuré dans le monde et annonçant, avec la poursuite des émissions de gaz à effet de serre, des températures plus élevées?
ÉCHAPPER À LA MORT « PRATIQUEMENT PAR MIRACLE »
À moi, en tout cas, cette intense chaleur rappelle celle qui fut à l’origine, le 9 octobre 2017, de la destruction par le feu de vastes quartiers de la ville californienne de Santa Rosa. Mon ami et collègue Sam Kimbles ainsi que sa conjointe Sally demeuraient dans l’un de ces quartiers, et selon les propos qu’ils tinrent par la suite aux journalistes du San Francisco Chronicle, c’est « pratiquement par miracle » qu’ils ont pu, ce jour-là, échapper à la mort. Ce qui nous rappelle que tout vivants que nous sommes – moi qui en ce moment vous écris et vous qui me lisez – nous n’échapperons pas à la mort, que ce soit comme individus, subitement, lors d’un accident, ou de façon lente, trop lente, victimes d’une maladie dégénérative ou encore, pouvons-nous le souhaiter, de façon naturelle au terme d’une vie bien accomplie… à moins que ce soit comme membres de l’espèce Homo sapiens dont des scientifiques reconnus tels Frank Fenner et Stephen Hawking ont prédit l’extinction dans un proche avenir? Mieux vaut ne pas nous attarder là-dessus et grossir les rangs des sceptiques, n’est-ce pas? Question de « carnavaler » sans souci!
LES RAISONS DE SE RETIRER DU MONDE DANS LA FORÊT PROFONDE
Mais alors, qu’a pu découvrir notre intrépide photographe dans sa quête visant à être informée de l’impact des grands feux dans le monde intérieur de Boychuck? Et tout d’abord, pourquoi avoir choisi, tout comme ses deux compères, de se retirer dans la forêt profonde, radicalement coupé de la société et de tout ce qui occupe quotidiennement les gens qui y vivent? Dans le cas de Tom et de Charlie, nous apprendrons qu’atteints l’un et l’autre d’une maladie, ils n’avaient pu se résoudre à voir leur fin de vie régie par les bonzes de la médecine actuelle, à coup de médicaments douteux, d’interdictions infantilisantes et d’apitoiements de toutes sortes. Quant à Boychuck, c’est une peine d’amour, la terrible épreuve du deuil d’un grand amour, qui l’aura propulsé au fond des bois. L’objet de cet amour était une dame du nom d’Angie que notre photographe avait croisée dans les rues de Toronto et qui avait échappé, elle aussi, « pratiquement par miracle », au grand feu de Matheson. Angie lui avait confié que dans la nuit d’encre noire qu’avait créée l’incendie, on voyait « des oiseaux qui tombaient comme des mouches ». L’ayant crue morte, Boychuck avait tenté depuis d’échapper au désespoir que cette inconsolable perte avait engendré en lui, en tentant de la rejoindre par le biais de sa création artistique. Dans la cabane qu’il occupait, on trouvera en effet les nombreuses toiles qu’il avait produites en pensant à elle et qu’on parvenait à peine à distinguer de celles qu’il avait peintes, comme pour exorciser ces grands feux qui l’avait terrorisé et qui avait causé tant de ravages.
LES GRANDS FEUX EXTÉRIEURS ET INTÉRIEURS
À la lumière de l’histoire vécue par Boychuck, les « grands feux » dont il est question dans Il pleuvait des oiseaux peuvent tout aussi bien illustrer la tragédie qui est en voie d’affecter un grand nombre d’humains de notre planète que cet abîme de désespoir dans lequel risque d’être plongé tout individu qui est en mal d’amour. Un mal d’amour qui, déjà, peut s’implanter dans l’âme de l’enfant privé d’une saine nourriture affective et d’un environnement sécuritaire. Un mal d’amour qui peut jaillir à la suite de blessures et d’échecs subis dans toute relation où le besoin d’être aimé ne reçoit aucune réponse sensible. À ce moment-là, le ciel intérieur s’obscurcit et de lui pleuvent des oiseaux noirs, calcinés.
L'ÉTINCELLE AMOUREUSE ET LE HAPPY END DU FILM
Attention! Ce qui précède ne rend compte que du volet obscur du film Il pleuvait des oiseaux! À vous maintenant de découvrir son volet lumineux, un volet qui s’amorcera lorsque Gertrude, alias Marie-Desneige, fera son apparition dans le refuge des trois ermites et que, de son contact avec Charlie, jaillira une étincelle qui leur permettra à tous deux « comme par miracle » d’éprouver à nouveau un irrésistible goût de vivre. D’hostile et menaçant, le monde deviendra pour eux un accueillant village.
INVITATION
Vous êtes cordialement invités à une rencontre du Ciné-psy sur le film IL PLEUVAIT DES OISEAUX. La rencontre sur ce film se tiendra le 8 octobre prochain avec JEAN DÉSY, médecin et écrivain et MARIE-HÉLÈNE VAUGEOIS, Libraire.

Les Rencontres du Ciné-psy auront lieu dorénavant au restaurant L'épicurien situé au 1292, av. Maguire à Québec.

Tout changement à ce programme sera porté à votre attention dans les infolettres du Clap et du Ciné-psy ainsi que sur les sites Clap.ca et Ciné-psy.com.

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N.B.: Marcel Gaumond offrira le 9 novembre une « journée clinique » accréditée par l'Ordre des psychologues du Québec (OPQ). Pour information sur cette journée, consultez le site appq.com.

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« Où il sera question de grands disparus, d’un pacte de mort qui donne son sel à la vie, du puissant appel de la forêt et de l’amour qui donne aussi son prix à la vie.
[…] L’histoire est celle de trois vieillards qui ont choisi de disparaître en forêt. Trois êtres épris de liberté.
– La liberté, c’est de choisir sa vie.
– Et sa mort. »

Extrait du roman Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier, XYZ éditeur, 2011, p. 9.