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Chroniques

Le soleil est aussi une étoile

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Commentaire sur le film LE SOLEIL EST AUSSI UNE ÉTOILE de Ry Russo-Young
Notre environnement ressemble aujourd’hui à un immense filet, mouvant et dynamique, sans point de repères fixes. Le nombre de personnes ayant des difficultés à définir leur identité, leur appartenance sociale ou culturelle ne cesse de croître. Elles se sentent perdues, elles sont de plus en plus attentives aux sollicitations des nationalistes et des racistes qui leur font voir dans l’Autre une menace, un ennemi, la cause de leurs frustrations et de leurs peurs. (Cet autre, Ryszard Kapuscinski, Feux croisés, Plon, p. 48)
L'ÊTRE HUMAIN EST AUSSI UNE POUSSIÈRE D'ÉTOILE

NATASHA (Yara Shahidi) et DANIEL (Charles Melton)

DANIEL ET NATASHA, REPRÉSENTANTS DE L'HUMANITÉ ACTUELLE
Dans le fabuleux film LE SOLEIL EST AUSSI UNE ÉTOILE, Daniel et Natasha, rayonnants de beauté, de sensibilité et d’intelligence, font figure de représentants de l’humanité actuelle dans ce que celle-ci recèle de plus merveilleux et de plus dramatique. Adolescents n’ayant pas encore atteint la vingtaine, ils sont à l’âge où ce qui a déjà pu pendant leur enfance se développer comme traits de personnalité et comme dynamiques spécifiques va être confronté à des contacts et des événements où les décisions prises et les actions entreprises auront un impact déterminant sur leur vie future. En effet, autant il importe pour l’enfant, pendant les premières années de sa vie, d’en arriver à se détacher de son rapport fusionnel avec la mère, avec l’aide pour cela de ce que le psychanalyste Winnicott a appelé un objet transitionnel, autant il sera important pour l’adolescent – contraint d’accomplir ces tâches qui feront de lui un adulte – d’agir dans un mode favorable à son accomplissement. Nous dirons alors qu’ayant pu intérioriser la présence aimante de la Mère, il en viendra à pouvoir se réaliser avec l’appui outillant du Père.

Natasha est d’origine jamaïcaine; sa peau est noire. Si l’on vous pose la question, lecteur et lectrice de cette chronique, la question « À quoi associez-vous Natasha? », que répondrez-vous? Une descendante des esclaves africains qui ont peuplé la Jamaïque? Une admiratrice de Bob Marley, éprise de reggae et possiblement membre du mouvement rastafari? La Jamaïque, une île où vous iriez volontiers vous soustraire pendant quelques semaines aux rigueurs de l’hiver québécois, mais que vous renoncez à choisir comme destination, en raison de son « niveau élevé de criminalité violente »?

Daniel est d’origine coréenne : sa peau est jaune. Si tout comme ce fut le cas pour Natasha la question vous est posée « À quoi associez-vous Daniel? », que répondrez-vous? Aux relations tendues entre la Corée du Nord et l’Occident, avec cette menace de guerre nucléaire que Donald Trump risque d’attiser tout en prétendant la contrer?

En fait, Natasha et Daniel vivent tous les deux à New York, la plus grande ville dite des États-Désunis d’Amérique. Et aussi, l’une des plus cosmopolites du Monde. Si ce n’est que dans le but de gagner à nouveau les prochaines élections, le président actuel mise sur la construction d’un mur anti-immigration. Autant dire un mur devant permettre aux Blancs de conserver, voire d’augmenter, leur pouvoir versus ce que représentent nos deux jeunes et brillants adolescents… de couleur.

Or, à quoi ceux-ci, à l’heure actuelle, devront-ils faire face pour avoir droit dans leur futur à une vie minimalement heureuse (?) :

• La procédure d’expulsion équivalente de la dynamique du rejet : enfant d’une famille illégalement immigrée aux États-Unis, Natasha n’a plus qu’une journée devant elle pour échapper à sa déportation dans son pays d’origine.
• Le racisme, le capitalisme sauvage avec ses effets destructeurs, la peur de l’autre et tout ce que cette peur engendre comme projections négatives associées aux mœurs culturelles étrangères (religieuses, sexuelles, sociales). 

Et que détiennent-ils comme moyens pour ne pas être écrasés par ces obstacles (?) :

• La foi en ce qui émerge en eux comme nécessité et le courage d’agir conformément à cette nécessité.
• L’espoir d’y arriver et la détermination qui alimente cet espoir, « cette chose avec des plumes » (The Sun is Also a Star, p. 289).
• L’amour, le sentiment amoureux qui a jailli dès le premier moment de leur rencontre.
DESTIN DE NATASHA ET DANIEL - DESTIN DE L'ÊTRE HUMAIN
Mais nous n’en sommes là qu’au début d’une aventure nouvelle et rien n’est acquis! Bien que confusément elle éprouve en elle ce qui ne peut avoir d’autre n om que le sentiment amoureux, Natasha dira qu’elle ne croit pas en l’amour. Il ne sert à rien de rêver, de s’interroger sur sa destinée et de penser que, comme par magie, une rencontre inattendue peut en nous tout bouleverser, voire même répondre à un désir profond, providentiel et le satisfaire. Il vaut mieux –  principe de réalité oblige – s’en tenir à ce que la « science » et ses données probantes nous révèlent comme « vérités ». Devant cette ferme prise de position qu’affiche Natasha à l’ère de #MeToo, que fera Daniel?.
L'ÊTRE HUMAIN : VULGAIRE CAILLOU OU POUSSIÈRE D'ÉTOILE?
Et si Natasha et Daniel représentaient, comme proposé au début, ce à quoi le sapiens que nous sommes était confronté, que croirons-nous, que ferons-nous?

Dans son ouvrage Poussières d’étoiles (Éd. du Seuil), l’astrophysicien Hubert Reeves nous dit que, dans l’œil du télescope, la planète Mercure – nom du dieu qui dans la mythologie romaine assure la médiation entre les dieux et les hommes – éclairée par le Soleil, prend l’allure d’un diamant et que sans cet éclairage, elle ne semble plus qu’un vulgaire caillou. Ce que je suis enclin à associer au thème de la « poésie » que la Société psychanalytique de Montréal a choisi d’introduire dans deux de ses récents colloques. Lorsque la poétesse Hélène Dorion, invitée à l’un de ceux-ci, nous a livré dans ses mots une version de ce que vit l’être humain, il nous a alors fallu admettre que la vision « scientifique » que nous tentions bien intelligemment d’offrir de ce même être humain relevait d’une approche excluant l’éclairage solaire. Sans ce type d’éclairage révélant la nature de « poussière d’étoile » de l’être humain, celui-ci n’est plus, à ses propres yeux, qu’un vulgaire caillou!

Préparez-vous! Laissez votre esprit s’emplir de lumière! LE SOLEIL EST AUSSI UNE ÉTOILE sera peut-être ou plutôt sans doute le film le plus touchant que vous aurez pu voir en 2019. À la sortie du cinéma, vous aurez le cœur tout neuf!
INVITATION

Vous êtes cordialement invités à la Rencontre du Ciné-psy sur le film LE SOLEIL EST AUSSI UNE ÉTOILE avec Victor Piché, sociologue-démographe comme conférencier

Le mercredi, 5 juin 2019, de 18 h00 à 19 h (buffet préparé par le Buffet du passant) et de 19 h à 21 h 30 (conférence et échange), au sous-sol de l’Église Saint-Charles Garnier située au 1215 Avenue du Chanoine Morel, Québec.

Réservations: de préférence par courriel (  Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. ) ou par téléphone au 418. 683-0711.


Coût d’entrée: 22$ - Étudiant 15$ (incluant l’admission et le buffet)


La rencontre sera encadrée par Marcel Gaumond, Psychanalyste.


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Notre environnement ressemble aujourd’hui à un immense filet, mouvant et dynamique, sans point de repères fixes. Le nombre de personnes ayant des difficultés à définir leur identité, leur appartenance sociale ou culturelle ne cesse de croître. Elles se sentent perdues, elles sont de plus en plus attentives aux sollicitations des nationalistes et des racistes qui leur font voir dans l’Autre une menace, un ennemi, la cause de leurs frustrations et de leurs peurs. (Cet autre, Ryszard Kapuscinski, Feux croisés, Plon, p. 48)

 

Bande annonce du film