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Chroniques

L'apparition

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Commentaire sur le film L’APPARITION de Xavier Giannoli

par Marcel Gaumond

L’EXPÉRIENCE RELIGIEUSE

« … ce qui fonde toute expérience religieuse […] n’est pas le monde des faits extérieurs, mais le champ d’expérience interne des dispositions de l’âme. »

Eugen Drewermann dans Psychanalyse et exégèse, Tome 1, Ed. du Seuil, 2,000, p. 9

« De quoi en effet avons-nous le plus besoin désormais si ce n’est d’une espérance spirituelle pour nos mutations à venir, par delà les religions et toutes les croyances venues du passé ? [….]. À la place de la peur, c'est même le projet d'une toute nouvelle vie spirituelle qui émerge, dont le principe est simple : la consécration de notre surpuissance à la vie. L'effort personnel et collectif de se servir uniquement de notre surcroît inouï de force pour éradiquer la misère, l'injustice, la violence et la guerre. »

Abdendour Bidar, extrait de son article intitulé « L’aveuglement d’Homo Deus », dans L’Obs du 4 janvier 2018

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La vérité de l’Enfant

Je ne vous le cacherai pas. Je n’en ferai pas un secret. Quand j’étais enfant – je le suis encore, mais sous les traits d’une personne âgée! – j’étais dans mon âme tout ce qu’il y a de plus religieux. Je conserve de cette époque proche et lointaine, des images précises, ineffaçables. Je me vois assis sur un fauteuil dans le salon du modeste appartement de mes parents. Je suis seul, mais habité par une vision: un jour, comme tous ceux qui m’entourent, mes parents, mes voisins, mes amis, je mourrai, mais je me retrouverai alors dans un autre monde qui ne sera accueillant pour moi que dans la mesure où j’aurai été dans ce monde-ci, gentil et serviable à l’égard des autres, sensible à ce qu’ils vivent et compréhensif. J’ai quel âge? Huit ans?

Un soir, je vois mon père dans l’embrasure de la porte de sa chambre à coucher, agenouillé avec les coudes reposant sur son lit, priant. Je suis touché, étonné. Comme s’il s’agissait d’un être que je n’avais pas eu l’occasion encore de connaître. “L’autre monde” en est un qui pour moi, à cet âge, cohabitait tout naturellement avec ce “monde-ci”. C’est que l’on m’avait déjà pétri l’esprit, me direz-vous, d’un enseignement dont le contenu n’avait rien à voir avec la réalité. Un enseignement “Père Noël” (Coca-Cola), “Opium du peuple” (Karl Marx), “Une fiction non fondée” (Le Gai Savoir de Nietzsche), “Un abri contre l’angoisse de mourir” (Soleil Noir de Jo Nesbo)? Bon, d’accord! Mais comment comprendre que cette vision se soit imposée à moi comme une vérité sans fard, empreinte d’une logique intérieure?

Et puis ce rêve qui, dans la jeune vingtaine, avant d’entreprendre mon aventure analytique, m’avait plongé dans un parfait Inconnu. Un rêve qui me situait, enfant, dans les bras d’une Mère cosmique, entourée d’un monde infiniment vaste, noir et froid. Cet enfant était l’angoisse même et personne n’était en mesure, ni de le consoler ni de le rassurer.

La vision de la Femme en Blanc

Dans L’apparition, Anna, seize ans, est saisie, un soir, en pleine nuit, d’une vision: dans une lumière douce, une femme très belle, vêtue d’une cape blanche, lui apparaît et lui dit “Il ne faut pas avoir peur. J’entends les cris du monde. Il faut redécouvrir le don de soi. Il faut construire pour mon fils un nouveau refuge, un lieu de recueillement et de prière.” À la mention d’Anna, ne vous vient-il pas à l’esprit la rebelle Ava qui, dans le film éponyme de Léa Mysius commenté dans ma chronique de l’automne dernier, venait d’apprendre qu’elle allait perdre la vue?

Mais quel contraste entre les deux adolescentes ! Ava qui, révoltée contre une société sans cœur et répressive, brave les interdits et opte pour la marginalité vs Anna qui incarne tous ces traits passéistes de la femme devenus impopulaires dans notre modernité : modestie, simplicité, soumission, …virginité. Je vous propose de voir Ava et Anna comme mues par les polarités opposées – instinct et esprit - mais indissociables d’une même personne.

Ava                                                                                                                                               Anna

Enquête(s) sur les apparitions

En 1955, après une série d’articles que le populaire magazine suisse Schweizerischer Beobachter avait publiés sur des phénomènes dits occultes tels les apparitions de fantômes, les rêves prophétiques, les coïncidences, etc., la direction du magazine eut l’idée de demander à ses lecteurs si ceux-ci avaient vécu des expériences de ce type. Auxquels cas, ils étaient invités à communiquer au magazine le récit de leurs expériences. Or, au grand étonnement de tous, le magazine a reçu pas moins de 1,200 lettres contenant 1,500 compte-rendus de telles expériences. Parmi celles-ci, on trouve en particulier plusieurs récits de visions de la “Femme en Blanc”. On décida alors de soumettre ce matériel à C.G. Jung qui, âgé de 80 ans et amplement occupé par des ouvrages en cours de rédaction, offrit à sa proche collaboratrice Aniéla Jaffé d’étudier ce matériel dans l’optique de la psychologie analytique. Les résultats de cette étude parus dans le livre Apparitions. Fantômes, rêves et mythes sont fascinants et bien que constituant une importante contribution à caractère scientifique à la compréhension desdits phénomènes, ces résultats ne s’en distinguent pas moins nettement de ceux provenant de toutes ces études qui font le lot quotidien d’articles contemporains dans nos journaux. La constante de ces articles étant que, s’appuyant sur une base de données statistiques (cf.: les fameuses “données probantes”), rien ne fonde la vérité des expériences alléguées.

Jacques et Anna

L’enquête sur les apparitions auxquelles Anna fut confrontée et qu’elle s’est résignée à confier dans le film L’APPARITION rend compte d’une façon subtile de ce conflit inévitable entre une approche exclusivement rationnelle de ce qu’elle et de très nombreuses personnes ont vécu, et une approche impliquant une présence attentive au vécu intérieur des VOYANTS. C’est ce qu’en arrive à admettre Jacques (Vincent Lindon), le sceptique journaliste enquêteur de L’APPARITION, en faisant écho à ce que quelqu’un lui avait dit, au coeur de son enquête: “Il est possible que la vérité soit toujours ailleurs!”

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INVITATION

Vous êtes cordialement invités à une Rencontre du Ciné-psy sur le film L’APPARITION avec Pierre Blais, chroniqueur cinéma au magazine Le Clap et enseignant au département de communication du Cégep Limoilou.

Le mercredi 2 mai, de 18 h00 à 19 h (buffet préparé par le Buffet du passant) et de 19 h à 21 h 30 (conférence et échange), au sous-sol de l’Église Saint-Charles Garnier située au 1215 Avenue du Chanoine Morel, Québec.

Réservations: de préférence par courriel ( Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. ) ou par téléphone au 418. 683-0711.

Coût d’entrée: 22$ - Étudiant 15$ (incluant l’admission et le buffet)

La rencontre sera encadrée par Marcel Gaumond, Psychanalyste.

 

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CItation

« … ce qui fonde toute expérience religieuse […] n’est pas le monde des faits extérieurs, mais le champ d’expérience interne des dispositions de l’âme. »

Eugen Drewermann dans Psychanalyse et exégèse, Tome 1, Ed. du Seuil, 2,000, p. 9

« De quoi en effet avons-nous le plus besoin désormais si ce n’est d’une espérance spirituelle pour nos mutations à venir, par delà les religions et toutes les croyances venues du passé ? [….]. À la place de la peur, c'est même le projet d'une toute nouvelle vie spirituelle qui émerge, dont le principe est simple : la consécration de notre surpuissance à la vie. L'effort personnel et collectif de se servir uniquement de notre surcroît inouï de force pour éradiquer la misère, l'injustice, la violence et la guerre. »

Abdendour Bidar, extrait de son article intitulé « L’aveuglement d’Homo Deus », dans L’Obs du 4 janvier 2018

Bande annonce du film