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Paranoïd park

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Commentaire de Suzanne Bouchard sur le film Paranoïd Park

Commentaire sur le film PARANOID PARK

Cliquer ici pour voir la version disponible dans la revue Le Clap

 

L’ÉPREUVE DE L’ADOLESCENCE

 par Marcel Gaumond « Nous savons peu de choses, mais qu'il faille nous tenir au difficile, c'est là une certitude qui ne doit pas nous quitter. »

Rainer Maria Rilke dans Lettres à un jeune poète 

 

Je devais avoir sensiblement le même âge qu’Alex de PARANOID PARK lorsque Caspar, grand ami de cette époque de mon adolescence, me fit cadeau de ces Lettres à un jeune poète du douloureux et toujours amoureux Rainer Maria Rilke. Époque de l’adolescence, époque des initiations multiples : à la sexualité, au travail, aux responsabilités et à la réflexion. Immense importance de l’adolescence. Oui, combien immense!  

 Immense parce que : il se joue là une opération que nous pourrions qualifier de « phase deux » de la programmation du destin singulier de tout individu. Phase un, tout l’héritage : génétique, familial, culturel, social. Phase deux : ce que j’entreprends de faire avec cet héritage. Or, pour faire quelque chose, en l’occurrence faire quelque chose de sa vie, ça prend un, ou mieux encore, des modèles. Un modèle et nous voilà condamné à la répétition. Des modèles, oh! Là, nous voilà confronté à un choix, un choix qui nécessite la réflexion. Pour l’essentiel, c’est à cela qu’est confronté l’adolescent. Une confrontation que je résumerais ainsi : il n’y a avant moi, jusqu’à moi, que des certitudes. C’est-à-dire des acquis de l’évolution, des découvertes dûment consignées et enseignées, des rites, des mœurs et des traditions qui me disent très exactement que penser, que dire et que faire.  « Tu n’as, me dit le passé, qu’à suivre mon exemple! ». « Mais si je fais ça, rétorque l’adolescent, jamais je ne grandirai, jamais je ne me connaîtrai et ne pourrai réaliser ce que je suis! ». Avec ce pressentiment, formulé dans Lettre à un otage de St-Exupéry, un pressentiment que Guy, un autre ami important de mon adolescence, partageait assez pour me l’avoir écrit sur un bout de papier remis au lendemain d’une vive altercation : « Si je diffère de toi, loin de te diminuer, je t’augmente. » Entrée dans l’incertitude, entrée dans les mondes, entrée dans le difficile. 
 Entre le passé qui m’a fait naître et que l’on chiffre maintenant à plus ou moins quinze milliards d’années et ce présent adolescent où se joue maintenant plus ou moins inconsciemment tout mon futur, il y a forcément un pont! Et c’est l’image que nous en donne Gus Van Sant au début de son magistral PARANOID PARK afin d’illustrer son hyper sensible compréhension du troublant univers de transition qu’est l’univers des adolescents.   
 À regarder Alex, pris isolément, on pourrait jurer que se trouvent chez lui réunies toutes les conditions devant lui permettre d’avoir accès à ce qu’une majorité ne peut que vainement s’employer à rêver. Beau comme un cœur, éminemment intelligent et certainement bourré de talents, que lui faudrait-il de plus ou de mieux pour être bien dans sa peau et réussir tout ce qu’il désire? Pourtant, il est songeur et quelque chose lui manque dans son douillet milieu de classe bien nantie. Le trouvera-t-il dans PARANOID PARK, là où la crème des skateurs de la ville semble prête à rivaliser avec les plus audacieux funambules?   
 

 

Entraîné par un plus vieux qui a tous les traits d’un Méphisto initiateur, Alex posera un geste que rien de ses apparences angéliques ne nous aurait permis d’anticiper. Et le voilà plongé dans une terrible épreuve qu’il devra dès lors s’employer à traverser, toute sa vie durant. Peut-on se pardonner d’avoir tué quelqu’un? Faire face à la responsabilité et aux conséquences de son geste exigera d’Alex qu’il vive le dur apprentissage de la solitude et de tout ce qui caractérise le statut d’un adulte qui assume son destin d’être mortel.   
 
 Si vous avez eu l’occasion de voir « Elephant », ce premier film de la trilogie de Van Sant sur le monde des adolescents (le second ayant pour titre « Last Days »), vous aurez peut-être retenu le fait que l’auteur de la tuerie dans ce film s’appelait également Alex. Comme si Van Sant nous signifiait par là que volontaire ou non, le meurtre d’autrui est susceptible de relever, à des nuances près, d’une même problématique de société qu’il importe de décoder dans les divers tableaux qu’il nous en offre.  Mais que vous ayez vu ou non « Elephant », je vous recommande vivement de lire (ou de relire!) attentivement la plus que brillante analyse qu’en a faite Pierre Ringuette dans l’ouvrage collectif Le cinéma, âme sœur de la psychanalyse, publié en 2005 par L’instant même pour souligner le dixième anniversaire des Rencontres du Ciné-psy. Les lunettes que nous procure cette analyse de Ringuette vous permettront de voir PARANOID PARK dans plus que trois dimensions! 
 Vous verrez, bien des questions demeurent irrésolues à la fin de ce film. C’est pour tenter sinon d’y répondre, du moins afin d’y voir un peu plus clair que vous êtes invité-e à la prochaine rencontre du Ciné-psy… 

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CItation

Notre rapport à la nature a atteint un point de rupture qui requiert de recréer une manière respectueuse de vivre la Terre. L’histoire, l’anthropologie, témoignent que d’autres façons d’être au monde sont possibles. Elles impliquent de faire un pas de côté par rapport à l’anthropocentrisme et à la toute-puissance propres à une certaine culture occidentale. La pandémie actuelle révèle la communauté de destin des humains et notre responsabilité dans le sort fait à la planète qui nous héberge.
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