CINÉ-PSY par Marcel GaumondMagazine Le Clap n° 162 FUIR SA VIE OU L’EMBRASSER!
Commentaire sur le film LES REGRETS de Cédric Khan
Yvan Attal et Valeria Bruni-Tedeschi dans LES REGRETS « J'ai perdu mon allégresse
Sur des bateaux de conquêtes.
J'ai perdu, par leur vitesse, Quelque chose que, dans mon cœur, Je regrette.* »
C’est souvent la nécessité qui dicte à l’esprit humain ses projets les plus fous. La nécessité d’échapper à un milieu familial étouffant. La nécessité de ne pas suivre les traces de ceux et celles que l’on sait d’instinct mener à l’impasse ou dans un espace où tout est déjà programmé, occupé, pipé : « Il n’y a pas de place pour vous, ici, madame Quidam ou monsieur N’importe-qui »! La nécessité de connaître des horizons qui ne confinent pas à ce qu’il y a de plus anémique en soi, de plus dépourvu de cela même qui confère à l’avenir un attrait de nature à mobiliser tous les efforts et à vaincre tous les obstacles. Alors, on se met à imaginer. Imaginer ce que personne avant nous n’a pu découvrir, penser, réaliser. Imaginer un monde parmi les mondes dont on serait l’auteur, le créateur. « Ne riez pas, c’est du sérieux tout cela », se dit et nous dit l’enfant, obscurément déterminé à faire entendre sa voix dans la mêlée, à se réaliser. Trouver son propre chemin et le parcourir jusqu’au bout. N’est-ce pas là le seul projet de vie qui vaille la peine d’être accompli? Si, sans doute! Mais comment cela peut-il se faire? Suffit-il de le vouloir pour le pouvoir? LES REGRETS de Cédric Khan nous démontrent que cela n’est pas si simple… Les études en architecture de Mathieu n’auraient pas pu connaître un meilleur aboutissement : la maquette qu’il a présentée lors de son examen final lui a valu le Grand Prix d’architecture. Il s’agissait d’une maquette rivalisant d’audace, d’originalité, d’intelligence et de modernité. Une maquette proposant un édifice de plusieurs étages ayant chacun une vocation particulière : culturelle (salles de spectacles, cinéma), commerciale (boutiques), sociale (restaurants), domiciliaire (appartements) et même spirituelle (étage d’eau au pied du bâtiment servant à refléter l’infini). Le tout figurant un corps humain construit autour d’un axe central, d’une colonne vertébrale. Et pour couronner le tout, à son sommet, comme sources d’énergie, une éolienne et des panneaux capteurs d’énergie solaire. Un prodige de technologie soucieuse de respecter la nature. Génial, n’est-ce pas? Mais Mathieu n’y croyait pas. Va pour le rêve, mais pas pour sa réalisation! La tentation est grande, à ce moment, de porter un jugement : n’avons-nous pas affaire à un rêveur qui n’a pas le cran ou le courage de relever les défis que lui proposent son intelligence et son imagination? Mathieu se voit décerner un prix convoité par tous ses pairs. Sa conjointe, qui est architecte également, est une femme ravissante qui croit en lui et en ce qu’ils peuvent faire ensemble. Que pourrait-il vouloir d’autre ou de plus? Un événement bouleversant va nous le révéler… Appelé au chevet de sa mère mourante, Mathieu va revenir dans son village, reprendre contact avec la maison qui l’a vu grandir, passer en revue les lettres, cartes postales et photographies du temps passé. Et puis, chose totalement inattendue (!), allant chercher des matériaux pour réparer un meuble de sa maison natale, il croise sur son chemin un amour de jeunesse, Maya, une femme qu’il a quittée mais qu’il découvre n’avoir jamais cessé d’aimer. Je ne vous raconterai pas la suite, car ce serait vous priver du plaisir de découvrir par vous-mêmes ce que l’un et l’autre des « anciens amoureux » feront pour réparer ou non leur amour blessé.
Je me limiterai à dire que ce qui se passe par la suite illustre très bien l’essentiel du travail qui parvient – ou ne parvient pas (!) – à se faire dans le cadre d’une démarche thérapeutique :
• Reprendre contact avec ce qui a eu, pendant les premières années de la vie, un impact déterminant sur la vie affective et sur l’histoire des rapports amoureux. • S’ouvrir à la souffrance causée par les mauvaises alliances affectives, les incompréhensions, les violences territoriales, les trahisons et les abandons. • Après avoir réintégré ce passé, accepter qu’il en fût ainsi et qu’on n’y puisse rien changer. En d’autres mots, faire le deuil de ce passé. • Construire sur de nouvelles bases (saines, solides) un lien qui, au lieu de se nourrir de fantasmes, trouvera sa force dans ce qui peut être construit ensemble dans le présent.
Autrement, je laisse les paroles d’Alain Souchon envelopper par sa chanson Les Regrets* une interrogation sur ce que nous avons fait nous-mêmes jusqu’ici de notre propre vie : l’avons-nous fuie ou avons-nous osé l’embrasser? Notre réponse, si elle est franche, nous permettra de nous situer soit du côté de Mathieu, soit du côté de Maya, au moment de découvrir ce qui est advenu d’eux et de leur relation.
« Je voudrais que tout revienne
Alors que tout est passé Et je chante à perdre haleine
Que je n'ai que des regrets, Des regrets.*
__________________________________________________ INVITATION
Vous êtes cordialement invités à une rencontre du Ciné-psy sur le film LES REGRETS avec Jean-François Vézina, psychologue et auteur.
Le mardi 26 octobre 2010 de 18 h à 19 h (buffet) et de 19 h à 21 h 30 (conférence et échange).
Au Studio P, situé au 280, rue Saint-Joseph E (http://www.librairiepantoute.com/lestudiop).
Réservations : de préférence par courriel (
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) ou par téléphone 418 683-0711
Coût d’entrée : 15 $ (incluant l’admission et le buffet)
La rencontre sera encadrée par Marcel Gaumond, psychanalyste. www.cine-psy.com
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